‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 175 sur 209 · PROGRÈS DES MÉCONTENTS DE HONGRIE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DES MÉCONTENTS DE HONGRIE

offrir pour sa protection le même tribut que payoieiit à la Porte son bisaïeul et son grand-père en la même qualité. Us 86 rendirent depuis maîtres d'fiperiez et de Gassovie, et de cent quarante pièces de canon quMls y trouvèrent; 0 y avoit déjà du temps que des Alleurs étoit secrètement, de la part du roi, auprès de Ragotzi, à qui il donnoit trois mille pistoles par mois. Il envoya en ce temps-ci un officier de confiance à Télecteur de Bavière à Bruxelles, qui le renvoya au roi. Ragotzi vouloit quelque augmentation et moins de secret dans la protection du roi pour se donner plus de crédit et h son armée plus de confiance. La vérité étoit que personne ne ^doutoit en Europe qu'il ne fût soutenu par la France, quelque obscurément qu*elle le fît. Ils prirent bientôt après Neuhausel» et obligèrent ensuite le général Heister de se hftter de se retirer devant eux.

L'empereur cependant fit à l'électrice de Bavière des propositions si étranges qu'elle ne les voulut pas écouter. Les Impériaux trouvant plus de difficultés qu'ils ne pensoient à leur conquête, la cour de Vienne changea de ton sans chaiH ger de volonté, et conclut un accommodement par lequel il fut convenu que Félectrice retireroit toutes ses troupes des places du Danube, et qu'elle demeureroit dans la paisible possession de la Bavière , qui ne payeroit aucune contribution ; mais elle ne fut obéie qu*à Passau ; les gouverneurs dlngolstadt, Brunau et Kufstein s'excusèrent sur leur ser^ ment à l'électeur, sans un ordre duquel, signé de sa main, ils ne sortiroient pas de leurs places ; et la cavalerie bavaroise, qu'on vouloit séparer, en répondit autant. Le prince Eugène remarcha en Bavière, prit les places, et mit le pays et la famille électorale en étrange état.

Marlborough, d'autre part, suivit de près son frère, qu'il avoit envoyé sur la Moselle avec un gros détachement ; ils s'emparèrent de Trêves, et tôt après firent le siège de Traarbach, et le prirent, pendant que le duc de Marlborough s'alla promener en Allemagne, et voir les électeurs de Brande-

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bourg et d'Haaovre, le landgrave de Hesse et quelques autres princes. Chacun après quitta les armées en Flandre,

qui se séparèrent incontinent pour les quartiers d'hiver. Il n'y eut que celle d'Alsace qui, sous Marsin, attendoit impatiemment la prise de Landau, pour s'aller reposer de même. Cette place capitula enfin le 23 décembre. Laubanie y avoit fait merveille, même après y avoir perdu les deux yeux. Le roi des Romains le traita avec toute la distinction que sa valeur méritoit, lui surtout et sa garnison, dont il ne sortit que la moitié de ce qu'elle étoit au commencement du siège. Le roi donna à Laubanie trente-six mille livres de pension , outre de petites qu'il avoit déjà, et sa grand'croix de Saint- Louis de six mille livres. C'étoit un excellent officier et un très-galant homme d'ailleurs, aveuglé dans Landau, et qui avoit très-bien servi toute sa vie.

Coigny, fils de celui que nous venons de voir mourir sur la Moselle, eut, par la protection de Chamillart, l'agrément d'acheter du duc de Guiche la charge de colonel général des dragons, qui fut le commencement et le fondement de la grande fortune où on le voit aujourd'hui.

Depuis le retour de Charment de Venise, le roi, mécontent de cette république sur plusieurs griefs , n'y avoit envoyé personne, et refusé même d'admettre son ambassadeur à son audience. Par force souplesses et propos de respect peu sohdes, [les Vénitiens] se raccommodèrent avec le roi. L'abbé de Pomponne vieillissoit dans la charge d'aumônier de quartier. Le roi s'étoit expliqué avantageusement sur lui, mais que son nom d'Arnauld lui répugnoit trop dans l'épiscopat pour l'y faire jamais monter. Il fallut donc se tourner ailleurs. Il étoit beau-frère de Torcy. Pomponne, son père, lui avoit fait mettre le nez dans ses papiers avec l'agrément du roi, et il continuoit de même avec Torcy; il avoit déjà été à Rome et en diverses cours d'Italie. Tout cela ensemble le lit choisir pour l'ambassade de Venise , et il remit sa place d'aumônier.

[1704] PUTSIEUX; SA FAMILLE. 37S

Puysieux , revenu depuis peu par congé de son ambassade de Suisse, où il faisoit fort bien, avoit obtenu, ainsi que l'année précédente, la singulière faveur de rendre compte directement au roi des affaires de ce pays-là , et dans son cabinet tète à tôte. H étoit petit-lils de Puysieux, secrétaire d*État, iils du cliancelier de Sillery, enveloppé dans sa disgrâce qui lui fit perdre sa charge, et de sa seconde femme qui étoit Ëtàmpes , sœur de H. de Yalencey, chevalier de Tordre en 1619, gouverneur de Montpellier, puis de Calais, et grand maréchal des logis de la maison du roi, de l'archevéque-duc de Reims, du cardinal de Valencey, de la seconde maréchale de La Châtre, tante paternelle de la maréchale d*Hocquincourt, et du grand prieur de France et ambassadeur k Rome. Elle avoit un autre frère qui s*étoit avisé de se faire de robe, et qui , après avoir été ambassadeur aux Grisons et en Hollande, étoit devenu conseiller d'Ëtat, et beau-père du comte de Béthune, chevalier d'honneur de la reine et chevalier du Saint-Esprit, en son temps un personnage. Mme de Puysieux, veuve dès 1640, ne mourut qu'en 1677, à quatre-vingts ans, avec toute sa tête et sa santé. G'étoit une femme souverainement glorieuse, que la disgrâce n'avoit pu abattre, et qui n'appeloit jamais son frère le conseiller d*£tat que « mon frère le bâtard. » On ne pouvoit àvour plus d'esprit qu'elle en avoit, et quoique impérieux, plus tourné à l'intrigue. Elle haïssoit mortellement le cardinal de Richelieu pour la disgrâce de son beau-père et de son mari , et elle étoit dans Tintime conûance de la reine. Revenue de Sillery dès 1640, cette amitié se resserra de phis en plus par les besoins et par les intrigues, en sorte que, lorsque la reine fut régente, chacun compta avec Mme de Puysieux, et y a compté tant qu'elle a vécu. Le roi et Monsieur, dans leur enfance, ne bougeoient de chez elle; dans leur jeunesse ils continuèrent à y aller, et tant qu'elle a été au monde, le roi l'a toujours singulièrement distinguée et considérée. £lle étoit magnifique et ruina elle et ses enfants.

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