‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 18 sur 209 · MORT DE M. LE MARÉCHAL DE LORGES · texte numérisé non relu

MORT DE M. LE MARÉCHAL DE LORGES

craîgnoit de le troubler, n'osa appeler personne. Le duc de

Grammont ne fut que trop bon prophète ; bientôt après frère Jacques lui-même demanda du secours. Il l'eut à l'instant , mais tout fut inutile. M. le maréchal de Lorges mourut le aamedi 22 octobre , sur les quatre heures du matin, ayant toujours eu auprès de lui YàH^ Anselme, alors directeur et pr^icateur fameux.

Le spectacle de cette maison fut terrible ; jamais homme si tendrement ni si universellement regretté, ni si véritablement regrettable. Outre ma vive douleur, j'eus à soutenir celle de Mme de Saint-Simon, que je crus perdre bien des fois; rien de comparable à son attachement pour son père, et à la tendresse qu*il avoit pour elle ; rien aussi de plus parfaitement semblable que leur âme et leur cœur. Il m*aimoit comme son véritable fils, et je l'aimois et le rcspectois comme le meilleur père, avec la plus entière et la plus douce confiance.

Né troisième cadet d'une nombreuse famille, ayant perdu son père à Fâge de cinq ans , il porta les armes à quatorze. M. de Turenne , frère de sa mère , prit soin de lui comme de son fils , et dans la suite lui donna tous ses soins et toute sa coniiance. L'attachement du neveu répondit tellement à l'amitié de l'oncle, qu'ils vécurent toujours ensemble, et furent considérés de tout le monde comme un père et uii fils les plus étroitement unis. Des malheurs de temps et des engagements de famille entraînèrent M. de Lorges dans le parti de M. le Prince. Il le suivit même aux Pays-Bas; il servit sous lui de lieutenant général avec de grandes distinctions et s'acquit entièrement son estime. Instruit d^à par M. de Turenne, il se perfectionna sous M. le Prince et revint sous son oncle, qui se fît un plaisir et une étude de le ren-* dre capable de commander dignement les armées, en l'employant dans les siennes à tout ce qu'il y avoit de plus difficile et de plus important.

M. de Lorges, jeune et bien fait, galant, fort dans le

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grand monde, pensoit néanmoins sérieusement. Élevé dans le sein des protestants où il étoit né, et lié de la plus proche

parenté et amitié avec leurs principaux personnages, il passa la moitié de sa vie sans se défier qu'ils pussent être trompés et pratiquant exactement leur religion. Mais à force de la pratiquer les réflexions vinrent, puis les doutes. Les préjugés de l'éducation et de l'habitude le retenoient : il étoit encore maîtrisé par l'autorité de sa mère qui en étoit une de rÉglise protestante et par celle de M. de Turenne plus forte qu'aucune. Il étoit intimement lié d'amitié avec la duchesse de Rohan, l'âme du. parti elle reste de ses derniers chefs,, et avec ses célèbres filles, et son extrême tendresse pour la comtesse de Roye sa sœur, qui étoit infiniment attachée h sa religion , le contraignit extrêmement. Hais , parmi ces combats, il voulut être éclairci. Il trouva un grand secours dans un homme médiocre qui lui étoit attaché d'amitié, et qui, en étant fort estimé, s'étoit fait catholique. Hais M. de Lorges voulut voir par lui-même, quand il fut parvenu au point de se défier tout à fait de ce qu'il avoit cru jusqu'alors.

Il prit donc le parti de feuilleter lui-même et de proposer ses doutes au célèbre Bossuet, depuis évêque de Meaux, et à M. Claude, ministre de Gharenton et le plus compté parmi eux. n ne les consultait que séparément, à Tinsu l'un de l'autre, et leur portoit comme de soi-même leurs réciprcH ques réponses, pour démêler mieux la vérité, n passa de la sorte toute une année à Paris, tellement occupé à cette étude qu'il avoit comme disparu du monde , et que ses plus intimes, jusqu'à M. de Turenne, en étoient inquiets, et lui faisoient des reproches de ce qu'ils ne pouvoient parvenir à le voir. Sa bonne foi et la sincérité de sa recherche mérita ua rayon de lumière. H. de> Meaux lui prouva l'antiquité de la prière pour les morts, et lui montra dans saint Augustin que ce docteur de l'Église avoit prié pour sainte Monique sa mère. M. Claude ne le satisfit point là-dessus, et ne s'en tira

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