‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 199 sur 209 · BAL A MARLY · texte numérisé non relu

BAL A MARLY

étranger ni aucun ambassadeur, et le duc et la duchesse d'Âlbe n*avoient pas encore vu son visage. On fit pour eux une chose sans conséquence. Le roi fit mettre la duchesse

d'Albe au premier ranc^ du fond, à côté et au-dessous de Mme la princesse de Conti, pour qu'elle vît mieux le bal, et Mme des Ursins à côté et au-dessous d'elle. A souper on fit mettre la duchesse d*Albe auprès de Mme la Duchesse à la table du roi, et Mme des Ursins auprès d'elle. Le maréchal de BoulTlers fut cbargé du duc d'Albe au bal , et de prier des courtisans distingués à une table particulière qu'il tint pour le duc d'Albe , servie par les officiers du roi. 11 y en eut une autre pareille pour le due de Perth et pour les Anglois. Après souper, Mme la duchesse de Bourgogne fit jouer la duchesse d'Albe au lansquenet avec elle. Le roi, à son coucher, donna le bougeoir au duc d'Albe \ et lui fit son compliment sur la peine de s'en retourner coucher à Paris. Il parla fort à lui et à Mme d'Albe.

Aux autres bals, Mme des Ursins se mettoît auprès du grand chambellan, et avec sa lorgnette regardoit un chacun. A tout moment le roi se tournoit pour lui parler, et Mme de Maintenon, qui à cause d'elle venoit quelquefois avant le souper, un quart d'heure ou une demi-heure à ces bals, déplaçoit le grand chambellan qui se mettoit derrière elle. Ainsi, elle étoit joignante Mme des Ursins, et tout près du roi de l'autre côté en arrière, et la conversation entre eux trois étoit continuelle; Mme la duchesse de Bourgogne s'y

1. n a déjà été question plus hftut de ce cérémonial. Le roi seul, d'après

Y État de la France , avait un bougeoir à deux bobèches et par conséquent à deux bougies. L'aumônier de jour tenait le bougeoir pendant que le roi faisait ses prières. Le premier valel de chambre prenait ensuite le bougeoir des mains de Taumônier. Quand le roi était arrivé au fauteuil où il se déshabillait , il désignait une personne de rassemblée pour tenir le bougeoir. C'était ordinairement un prince ou seigneur étranger. Le roi déshabillé , le premier valet de chambre reprenait le bougeoir, et les huissiers de la chambre criaient tout haut : Allons, messieurs , passex . Alors toute la cour se retirait , à l'exception de ceux qui avaient droit d'assister au petit cou« cher du roi.

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méloît beaucoup, et Monseigneur qudquefois. Cette princesse aussi ii'étoit occupée que de Mme des Ursins, et on voyoit qu'elle cherchoit à lui plaire. Ce qui parut extrêmement singulier, ce fut de voir celle-ci paroître dans le salon avec un petit épagneul sous le bras, comme si elle eût été chez elle. On ne revenoit point d*étonnement d'une familiarité que Mme la duchesse de Bourgogne n'eût osé hasarder, encore moins à ces bals de voir le roi caresser le petit chien, et à plusieurs reprises. £niin, on n'a jamais vu prendre un si grand vol. On ne s'y accoutumoit pas, et à qui l'a vu, et connu le roi et sa cour, on en est surpris encore quand on y pense après tant d'années. Il n'étoit plus douteux alors qu'elle ne retournât en Espagne ^ Ses particuliers si fréquents avec le roi et Mme de Maintenon rouloient sur les affaires de ce pays-là.

Le duc de Grammont demandoit son retour, la reine d'Espagne le pressoit avec ardeur. Le roi et Mme de Maintenon, intérieurement blessés contre lui, et peu contents de sa gestion en ce pays-là, ne s'y opposoient pas; mais il falloit choisir un ambassadeur. Ameiot fut choisi. C'étoit un homme d'honneur, de grand sens, de grand travail et d'esprit. Il étoit doux, poli, liant, assez ferme, de plus un homme fort sage et modeste. Il avoit été ambassadeur en Portugal, à Venise, en Suisse, et avoit eu d'autres commissions au dehors. Partout il avoit réussi, s'étoit fait aimer, et avoit acquis une grande réputation. Il étoit de robe, conseiUer d'État, par conséquent point susceptible de Toison ni de graudesse. Mme des Ursins ne crut pas pouvoir trouver mieux pour avoir sous elle un ambassadeur sans famille et sans protection .ici autre que son mérite, qui, sous le nom de son caractère, l'aidât mieux dans toutes les afGadres, et qui, en.efiÎBt, ne fût sous elle qu'un secrétaire renforcé, qui,

1 . Le retour de la princesse des Ursins en Espagne éUût résolu dès le 13 janvier 1706. Voy. aotes à la ûn du volume. ^

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témoin ici de sa gloire, lui fàX souple, et à l'abri du nom

duquel elle apirolt avec toute autorité en Espagne et toute coniiance de ce pays-ci. Il étoit bien avec le roi et avec Mme de Maintenon , à portée de recevoir d'elle des ordres et des impressions particulières qui le retiendroient du côté des ministres. Elle s*arréta donc à lui, et le fit choisir, avec ordre très-exprès de n'agir que de concert avec elle, et, pour trancher le mot, sous elle. La déclaration suivit de près^ la résolution prise. Àmeiot eut plusieurs entretiens longs et près à près.avec Mme des Ursins; il reçut immédiatement du roi des ordres particuliers, plus encore de Mme de Mainlenon. Dès que la nouvelle en fut arrivée en Espagne, le duc de Grannnont fut traité avec plus de ménagement, et fut lait chevalier de la Toison, suivant rengagement que Mme des Ursins en avoit bien voulu prendre.

Elle obtint une autre chose bien plus difficile, parce que le roi s'étoit peu à peu laissé aller à la résolution de ne lui rien refuser. Ce fut le retour d'Orry en Espagne, sous prétexte de la grande connoissance qu'il avoit des finances de ce pays-là, et des lumières qu'Âmelot ne pouvoit tirer de personne plus sûrement , ni avec plus d'étendue et de détail que de lui sur ces matières. On se persuada que, sous les yeux d*Amelot, il ne pourroit plus retomber dans les manquements qui, avec ses mensonges., avoient fait son crime. Il fut donc effacé. Âmelot partit sur la fin d'avril, et Orry incontinent après , c'est-à-dire un mois après la déclaration de son ambassade. Mme des Ursins obtint encore d'emmener en Espagne le chevalier Bourg, avec caractère public d'envoyé du roi d'Angleterre, et six mille livres d'appointé^ ments payées par le roi. G'étoit un gentilhomme irlandois, catholique, qui, faute de" pain, s'étoit intrigué à Rome et fourré chez le cardinal de Bouillon, qui alors étoit ami intime de Mme des Ursins.

Bourg étoit homme de beaucoup d'esprit, entièrement tourné à l'intrigue, homme d'honneur pourtant, et malade

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