‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 206 sur 209 · Lettre du 15 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 15 janvier

NOTES

c II fout que le roi porte par une autorité absolue le correctif néceesaire. Toute l'Espagne parle comme moi, et est à la veille de débonder si le gouvernement despotique de la reine subsiste , et il n'est ni potit ni grand qui n'en ait par-dessus la tète, et le roi d'Espagne et tout ce que vous connoissez ici d'honnôtes gens ne respirent que les ordres absolus du roi pour s'y soumettre aveuglément. Mon honneur, ma conscience , mon zèle et ma fidélité intègre et incorruptible pour le bien du service de mon maître, m'obligent à lui parler de la sorte; quiconque sera capable de lui parler autrement le trompera avec indignité. L'Espagne est perdue sans ressource si le gouvememeot reste comme il est , et que le roi notre mattre n'en prenne pas seul le timon. Le cardinal Portocarrero, Mancera, Hontalte, San-Estevan, Monterey, Uontellano * , et généralement tout ce qu'il y a de meilleur et de véritablement attaché à la monarchie, concertent tous le moyen d'en parler au roi et de lui en parler clairement. Que le roi ne se laisse donc pas abuser par les discours, et qu'il s'en tienne à la vérité, que j'ai l'honneur de lui mander par vous. Le marquis de Monteléon, qui est un homme plein d'honneur et d'esprit, part incessamment pour vous aller confirmer de bouche ce que j'ai l'hooneur de mander au roi.

«f De l'argent, nous en allons avoir, même considérablement, et Ton vient de faire une affaire de quatorze millions de livres, qu'on n'imaginoit pas qui s'osât jamais tenter, et que, depuis Charles-Quint, nul homme n'avoit eu la hardiesse de proposer. Nous aurons la phis belle cavalerie qu'on puisse avoir; quant à l'infanterie, l'on ne perd pas un instant à songer aux moyens de la remettre; il y aura des fonds fixes et affectés pour la guerre, qui seront inaltérables; et si nous pouvons reprendre Gibraltar, on-sera en état de foire une campagne heureuse. J'espère pareillement venir à bout du commerce des Indes. Après cela, si le roi imagine que quelqu'un fosse mieux à ma place, je m'estimerai très-heureux de me retirer, et je ne lui demande pour toute récompense que de me rapprocher de sa personne, d'avoir encore le plaisir, avant de mourir, de lui embrasser les genoux, et de songer ensuite à finir comme un galant homme le doit faire.

« Tout ce que je vous demande là, monsieur, est d'une si terrible conséquence pour le roi d'Espagne et pour moi, que je vous supplie qu'il n'y ait que le roi , et vous , et Mme de Maintenon qui le sachent, j'ai raison, monsieur, de vous en })arler de la sorte. Tout ce qui regarde la reine d'Espagne lui revient dans l'instant, je n'en puis douter; ainsi les précautions doivent renouveler de jambes. Depuis le

1. Yoy. dans le t. III des Mémoires de Saint-Simon, p. 4 et suiv., le caractère des principaux membres du conseil de Philippe V.

NOTES

retonr de Mme des Ursins , vous ne sauriez avoir trop d'attention et

trop de secret sur ce que j'ai l'honneur de vous dire, a Alonteléon part qui vous mettra bien nettement au fait de toutes

ces petites bagatelles.

« Si le roi siJvoiL à fond la manière fidèle el pleine d'esprit dont le P. Daubenton le sert, el de laquelle j'ai toujours été témoin oculaire, il ne se peut que Sa Majesté ne lui en sût un gré infini : je dois ce témoignage à la vérité et au zèle d'un sujet bien attaché par lu Cijtur à son maître. »

FIH DES NOTLS OU QUATRISHB VOLUMB.

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