‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 3 sur 209 · SIÈGE DE LAI9DAU · texte numérisé non relu

SIÈGE DE LAI9DAU

poteDce. Mais pour que MM. de Bouillon ne pussent tirer ayantage d'aycir évité le GhÂtelet, le premier président, avisé par 868 amis les Noailles, de longue main en procès et ennemis des Bouillon, fit écrire sur les registres du parlement,

que ce procès criminel avoit été directement porté à la grand'chambre , et jugé par elle et la Tournelle * assemblées seulement, ce qui se pratique à T égard de tout noble accusé de crime, non par aucune distinction particulière, mais eu égard à la qualité du crime, comme on en use aussi pour celui de duel : tellement que MM. de Bouillon n'eurent que les deux potences des deux fils du comte d'Auvergne, h peu d'années de distance l'une de l'autre, sans que leur hardiesse et leur intrigue en ait pu tirer aucun fruit.

Le siège de Landau n'avançoit pas autant que le prince Louis de Bade qui le faisoit Tavoit espéré, et Mélac, gouverneur de la place, profitoit de tout pour en allonger la défense. On se repentit trop tard de n'y avoir pas pourvu à temps. On voulut le réparer. Villars eut ordre de mener un très-gros détachement de Farmée de Flandre à Gatinat, et celui-ci de tout tenter pour secourir la place. Le roi des Romains y étoit arrivé pour faire à ce siège ses premières armes, et, suivant la coutume allemande, la reine son épouse l'avoit accompagné et alla tenir sa cour à Heidelberg, en attendant la fin de la campagne. Gatinat et Villars cherchèrent tous les moyens possibles de pénétrer jusqu'à Landau , mais le Spirebach, de longue main bien retranché et garni du Rhin jusqu'aux montagnes, leur parut Impénétrable. Ils ne trouvèrent pas plus de facilité par derrière les montagnes; tellement qu'ils mandèrent à la cour qu'il n'y falloit pas songer. Là-dessus Gatinat reçut ordre d'envoyer Villars vers Huningue avec la plus grande partie de son

1. La Tournelle était une chambre criminelle du parlement de Paris, qui tirait son nom de ce que les membres qui la composaient étaient fournis à tour de rôle par les autres 'chambrai du parlement de Paris.

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armée , pour donner de la jalousie aux Impériaux et entreprendre même ce que l'occasion lui pourroit offrir. L'électeur de Bavière venoit de se déclarer : il offroit d'amener yingt-diiq mille hommes sur les bords du Rhin; on vouloit le fayoriser et le joindre; oe fut l'objet de cette division de Tarmée de Catinat vers le haut Rhin. Cependant Landau, à bout de tout, et ouvert de toutes parts, capitula le 10 septembre, ayant tenu plus d'un mois au delà de toute espéranoe. Les conditions furent telles qae Mélac les proposa, et les plus honorables et avantageuses en considération de son admirable défense. Le roi des Romains lui fit Thonneur de le faire manger à sa table , et voulut qu'il vît son armée et qu'elle lui rendît tous ceux des feld-maréchaux. Peu de jours après, il retourna à Vienne avec la reine sa femme.

De part et d'autre le siège fut meurtrier, et le comte de Soissons y mourut en peu de jours d'une blessure (pi'il y reçut, n étoit frère ainé du prince Eugène et neveu patemd et cadet de ce fameux muet le prince de Carignan ; le prince Louis de Bade et le comte de Soissons étoient enfants du frère et de la soBur. Le comte de Soissons père étoit iils du prince Thomas , qui a fait tant de bruit et de mouvements en France et en Savoie, fils et frère de ses ducs, et mari de la dernière princesse du sang de la branche de Soissons , sœur du comte de Soissons tué à la bataille de la Marfée, dite de Sedan, qu*il venoit de gagner. Le comte de Soissons- Savoie , neveu de ce prince du sang , attiré en France par les biens de sa mère et les établissements que son père y avoit eus, y avoit épousé une Mancini, nièce du cardinal Hazarin, pour laquelle , au mariage du roi , il inventa la charge de surintendante de la maison de la reine ; et en même temps de la reine mère qui, non plus que toutes les autres reines , n'en avoit jamais eu, pour son autre nièce Martinozzi, femme du prince de Gonti. La brillante faveur, les disgrâces, les étranges aventures de la comtesse de Soissons qui la firent fuir à Bruxelles ne sont pas de mon sujet. Elle

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