TRISTE SUCCÈS DU PROJET DU TYHOL. [17U
niero» tant racharnement fut grand, et sept étendards. Du Héron, dont ce fat grand dommage, y fut tué avec cinquante officiers et quatre ou cinq cents hommes. Lega) se retira le
lendemain, 1" août, en'bon ordre , craignant quelques gros détachements du prince Louis de Bade. Cette action, qui fut belle, fit grand plaisir au roi, qui en fit compliment à la femme de Légal, qu'il rencontra dans la galerie, venant de la messe, et fit son mari lieutenant général*
La course vers Trente eut le succès qu'on en devoit attendre. L'électeur et M. de Vendôme furent, chacun de leur côté, arrêtés à chaque pas. Ce ne furent que pas retranchés dans les montagnes, cliateaux escarpés et bicoques trèsfàcheuses à prendre , à chacun desquels M. de Vendôme se paradoit et amusoit le roi, tantôt d*un courrier, tantôt d*un officier pour apporter ces grandes nouvelles. Il ne put jamais recevoir qu'une seule fois des nouvelles de l'électeur. On s'épanouissoit déjà de ses succès comme d'une communication sôre et étal)lie, lorsque l'électeur, qui étoit maître d'Inspruck où il avoit fait chanter le Te Deum^ auquel, par une étrange singularité, la mère de Timpéra^ trice et l'évèque d'Augsbourg, frère de l'impératrice, qui y avoient été pris, assistèrent; l'électeur, disrje, avancé vers Brixen, trouva toute la milice et toute la noblesse du pays en armes, tellement que, craignant de manquer de tout et de trouver sa communication avec son pays coupée, il s'en retourna tout court. 11 étoit temps : le pain manqua; nul moyen d'en avoir du pays, où tout leur couroit sus, et les défilé» déjà assez occupés pour se remercier de n'avoir pas dlfTéré de vingt-quatre heures ; encore y perdit-on assez de monde et même autour de l'électeur. Il rejoignit le maréchal de Villars avec ses troupes diminuées et horriblement fatiguées d*une course dont il ne tira pour tout fruit que la perte de tout le temps qu*il y employa et qui eût pu Tétre bien utilement en Allemagne ; mais on a vu à qui en fut la faute. M. de Vendôme eut au moins le plaisir de bombarder
[1703] CONDUITE DE VAUDEHONT. I4S
Trente, à qui il ne fit pas grand mal. Il revint comme il put. Staremberg tourmenta fort ce retour, sur lequel il sut gagner trois marches, faire perdre force inonde en détail à son ennemi et pousser à bout ses troupes de fatigues. Vaudemont, qui cependant avoit fait battre Murcé avec un gros détachement d'une manière plus que grossière, étoit à San- Benedetto, faisant fort le malade pressé d'aller aux eaux. Sa conduite, toujours soutenue, rendra toujours diflicile à croire qu'il ne fût pas dans la bouteille, et qu*il ne fût pressé de se mettre à quartier de ce qui alloit arriver. Dès que le duc de Vendôme fut à San-Benedetto, il en partit pour s'aller mettre à l'abri de tous événements. L'aveuglement sur lui lut tel, qu'il eut sur-le-champ qu'il le demanda le régiment d'E pinchal, tué à ce détachement de Murcé, pour le prince d'Ëlbœuf , neveu de sa femme.
M. de Vendôme manda au roi une belje et singulière action de Duquesne-Monier, qui commandoit les vaisseaux du roi dans le golfe de Venise. Il sut que les Impériaux avoient de grands magasins dans Aquilée, qui est à sept lieues dans les terres. U s*embarqua sur des chaloupes avec cent vingt soldats , remonta la petite rivière qui vient d* Aquilée, et qui est si étroite qu*il y «voit des endroits oh il ne pouvoit passer qu'une chaloupe à la fois. Il trouva deux forts sur son passage, mit pied à terre avec ses gens, les emporta, et au dernier, Beaucaire, capitaine de frégate, qui commandoit les cent vingt soldats, poursuivit ceux du fort jusque dans Aquilée qu*il pilla, brûla les magasins malgré deux cents hommes de troupes réglées et beaucoup de milices qui étoient là, ne perdit presque personne et revint trouver Duquesne qui l'attendoit vis-à-vis du dernier fort qu'il avoit pris. Cela arriva vers la fin de juillet.
Le samedi 4 août, le roi étant à Marly, Mme la duchesse d*Orléan*s accoucha d*un prince à Versailles; M. le duc d*Orléaa.> vint demander au roi la permission de lui faire porter le nom de duc de Ciiai'tres, et l'honneur d'être son parrain.