‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 71 sur 209 · DE LA FORTUNE I>£ MM. DE VILLEROY · texte numérisé non relu

DE LA FORTUNE I>£ MM. DE VILLEROY

neur aa parlement, et n'auroit pas cru que son petit-fils deviendroit chevalier de l'ordre. M. d'Avaux eut le brevet de promesse et de permission pareil à celui qu'avoit obteau M. de Puysieux.

Enfin la charge de chancelier et de garde des sceaux de Fordre ayant été séparée en deux, pendant la prison du garde des sceaux de France de Châteauneuf, en 1633, les sceaux de l'ordre lurent donnés à M. de Bouillon, surintendant des finances et président à mortier au parlement de Pans, n les vendit en 1636, à M. le premier président Le Jay, et il eut un bre?et pardi aux précédents.

Ces deux charges ayant été réunies, en 1645, en rendant les sceaux de Tordre à M. de Châteauneuf , il la vendit entière, peu de mois après, à La Rivière, évôque-duc de Langres , ce favori de Gaston , si connu dans tous les Mémoires de la miiUMrité de Louis XIV et les commencements de sa minorité. Gomme IL de Ghâteauneuf avoit des abbayes, quoiqu'il ne fût point dans les ordres, le brevet qu'il eut, pareil aux autres, porta, avec la permission de continuer à * porter Tordre, promesse de la première des quatre places de prélat qui viendroit à vaquer dans Tordre qu'il n'a jamais eue, non plus qu'aucun des vendeurs de charges, qui, presque tous jusqu'à aujourd'hui, ont eu de pareils brevets, et n'ont jamais été chevaliers de l'ordre. Outre le ridicule général de ces brevets, ils en ont un particulier qui échappe et qu'il est curieux d'exposer ici.

On a vu ci-dessus que le chancelier de Tordre , entre les distinctions qu'il a par-dessus les autres grands officiers ou laïques, a celle .d'avoir le grand manteau de l'ordre semblable en tout à ceux des chevaliers, et avec le collier de Tordre brodé tout autour comme eux; il n'a même de différence d'eux que le dernier rang après tous et avec les trois autres officim, et de n'avoir point le collier d*or massif émaiUé. De cette {nrivation du collier, le statut en fait comme . une excuse, disant que le chaocetier n'a point de collier

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parce qu*il est censé être personne de robe longue, et c-est

toutefois à cette personne dérobe longue, et par cela même exclue du collier, qui n'est propre qu'à ceux de la noblesse et dont la profession est les armes, que ce collier est promis en vendant sa charge, et aux autres grands officiers en se défaisant des leurs, tous de robe ou de plume, par ce brevet illusoire qui n'a eu d'exécution dans aucun, dont aucun n'a espéré l'accomplissement, et qu'aucun roi n'a jamais imaginé d'eilectuer. Je me conlente de marquer le premier de chacune de ces quatre charges qui l'a obtenu. 11 suflit de dire que depub cet exemple de- vendre et d*obte* nir ces brevets que je viens d'exposer, l'usage en a été continuel parmi tous ces grands officiers de l'ordre , et que ce brevet n'a été refuse à pas un, excepté peut-être à quatre OU cinq tombés en disgrâce, et à qui, en leur étant leurs charges de Tordre, il n'a pas été permis de continuer à le porter. Jusque-là que pendant la dernière régence, Grosat et Montargis, très^riches financiers, ayant obtenu permission d'acheter les charges de grand trésorier et de greffier de la succession du frère aîné du garde des sceaux Chauvelin, et du président Lamoignon, ont obtenu les mêmes brevets de promesse d'être faits chevaliers de Tordre à la première promotion, et de continuer à le porter en attendant, en même temps qu'aux approches du sacre du roi, ils eurent commandement de vendre leurs charges , Tun à M. Dodun, contrôleur général des linances, Tautre à M. de Maurepas , secrétaire d'État , par Tindécence qu'on trouva à voir faire à ces deux financiers les fonctions de ces charges, lorsque, le lendemain du sacre, le roi recevroit l'ordre des mains de Tarchevèque-duc de Reims.

Voilà donc un étrange abus tourné en règle par l'habitude ancienne et non interrompue; il n'en est pas demeuré là. Il a donné naissance à un autre encore plus étrange et plus ridicule; celui qu'on vient d'expliquer est connu sous le nom de vétérans , celui qui va l'être sous celui de râpés. Le

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premier nom est pris des officiers cle justice qui , ayant ei^ercé leurs charges vingt ans, prennent, en les vendant, des lettres de vétérance qu'on ne leur refuse pas, pour continuer à jouir leur vie durant, des honneurs et séances attachés à ces charges. Mais ceux de l'ordre ont de tout temps gardé la plupart leurs charges peu d*amiées, et à force de les garder peu , ont donné ouverture aux râpés.

Ce sobriquet ou ce nom est pris de i'eau qu'on passe sur le marc du raisin, après qu'il a été pressé, et tout le jus ou le moût tiré, qui est le vin; cette eau fermente sur ce marc, et y prend une couleur et une impression de petit vin ou de piquette, et cela s'appelle un râpé de vin.

On va voir que la comparaison est juste et le nom bien appliqué. Voici la belle invention qui a été trouvée par les {grands officiers de l'ordre. Pierre, par exemple, a une charge de l'ordre depuis quelques années; il la vend à Paul, et obtient le brevet ordinaire. Jean se trouve en place, et v^ut se parer de Tordre sans bourse délier. Avec Tagrément du roi , et le marché fait et déclaré avec Paul , Jean se met entre Pierre et lui, fait un achat simulé de la charge de Pierre, et y est reçu par le roi. Quelques semaines après il donne sa démission, fait une vente simulée à Paul , et obtient le brevet accoutumé, et Paul est reçu dans la charge. Avec cette invention on a vu pendant la dernière régence , jusqu'à seize officiers vétérans ou râpés de l'ordre vivant tous en même temps.

Le premier exemple fut le moins grossier de tous. Bonelles vendit effectivement la charge de greffier de Tordre à NovioQ, président à mortier, qui fut depuis premier président : ce fut en 1656; il la garda quelques mois et la vendit en 1657 à Jeanin de Castille. Le second exemple se traita plus rondement. Barbezieux eut à la mort de Louyois , son père, sa .charge de chancelier.de Tordre. Boucherat, chan-r celier de France, en fut simultanément pourvu d*abord, et huit jours après qu*il eut été reçu , n fit semblant de se dé-

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