MORT DE LA DUCHESSE DE BERKY
séance. Madame ne s'en contraignit que médiocrement. Quelque afiligé que fût M. le duc d'Orléans, la consolation ne tarda guère. Le joug auquel il s'éloit livré et qu'il trouvoit souvent pesant, étoit rompu. Surtout il se trouvoit adranchi des alTres de la déclaration du mariage de Rion et de ses suites, embarras d'autant plus grand, qu'à l'ouverture du corps, la pauvre princesse fut trouvée grosse; on trouva aussi un dérani-^ement dans son cerveau. Cela ne promeltoit que de grandes peines et fut soigneusement étouffé pour le temps.
Sur les cinq heures du matin, c'est-à-dire cinq heures après celte mort, La Vrillière arriva à la Muette , où il mit le sceKé en présence de Mme de Saint-Simon. Dès que cela fut fait, elle monta dans son carrosse avec lui, que les gens nécessaires au scellé suivirent dans le carrosse de La Vrillière, et s'en allèrent en faire autant à Meudon; puis au Luxemiiourg, de là au Palais-Royal en rendre compte à M. le duc d'Orléans, a])rès quoi Mme de Saint-Simon revint à la Muette, où une plus cruelle nuit l'attendoit par l'horreur de ses fonctions à l'ouverture du corps, de laquelle j'allai rendre compte à M. le duc d'Orléans, et de l'exécution de ses ordres. Le corps fut déposé ensuite dans la chapelle de la Muette SîOis être gardé, où les messes basses furent continuelles tous les matins.
Je m'établis à Passy chez M. et Mme de Lauzun pour être plus près de la Muette, sans y être toujours , d'où j'allois presque tous les jours voir M. le duc d'Orléans, outre les jours de conseil de régence. Comme il n'y eut point de cérémonie, tout le monde fut dispensé des manteaux et des mantes au Palais-Royal, où on se présenta en deuil, mais en habits ordinaires. Il ne se trouva point de testament, et Mme la duchesse de Berry ne donna rien à personne, que ce que Mme de Mouciiy s'étoit fait donner. Elle jouissoit de sept cent mille livres de rente, sans ce que depuis la régence elle tiroit de M. le duc d'Orléans.
Le soir du samedi 22, l'abbé de Castries, nommé à l'archevêché de Tours et son premier aumônier, porta le cœur au Val-de-Gràce , ayant à sa gauche Mlle de La Roche-sur-Yon , Mme de Saint-Simon au-devant et la duchesse de Louvigny nommée par le roi. Mme de Brassac, dame de Mme la duchesse de Berry, à une portière, et ce qui fut fort étrange, la dame d'honneur de Mme la princesse de Conti, mère de Mlle de La Roche-sur-Yon, à l'autre. Le deuil du roi fut de six semaines, celui du Palais-Royal de trois mois par respect du rang, et Mme de Saint- Simon drapa pour six mois, parce qu'elle avoit, comme on l'a vu en son lieu , drapé par excès de complaisance à d'autres deuils où M. le duc de Berry drapoit sans que le roi drapât.
Le dimanche 23 juillet , sur les dix heures du soir , le corps de Mme la duchesse de Berry fut mis dans un carrosse dont les huit chevaux étoient caparaçonnés. Il n'y eut aucune tenture à la Muette. L'abbé de Castries et les prêtres suivoient dans un autre carrosse . et les dames de Mme la duchesse de Berry dans un autre. Il n'y eut qu'une quarantaine de flambeaux portés par ses pages et ses gardes. Le convoi passa par le bois de Boulogne et la plaine de Saint-Denis . avec beaucoup de sirapliité , et fut reçu de même dans l'église de l'abbaye.