MALADIE DE MADAME DE SAINT-SIMON. U
jour à quitter celle triste place. On avoit pour elle toute sorte de considération, et on lui laissoit toute sorte de liberté; mais tout cela ne la consoloit point de cette place, de sorte qu'elle sentit tout le plaisir, [lour ne pas dire toute la satisfaction, d'une délivrance qu'elle n'attendoit pas d'une princesse de vingt-quatre ans. Mais rexlrème fatigue des derniers jours de la maladie, et de ceux qui suivirent la mort, lui causèrent une èvre maligne dont elle fut six semaines à l'extrémité dans une maison que Fontanieu lui avoit prêtée à Passy pour prendre l'air et des eaux de Forges, et s'y reposer; elle fut deux mois à s'en remettre. Cet accident qui me pensa tourner la tête, me séquestra de tout pendant deux mois sans sortir de cette maison et presque de sa chambre, sans ouïr parler de rien, et sans voir que le peu de proches ou d'amis indispensables. Lorsqu'elle commença à se rétablir, je demandai à M. le duc d'Orléans quelques logements au château neuf de Meudon. Il me le prêta tout entier et tout meublé. Nous y passâmes le reste de l'été et plusieurs autres depuis. C'est un lieu charmant pour toute espèce de promenades. Nous comptions de n'y voir que nos amis, mais la proximité nous accabla de monde , en sorte que tout le château neuf fut souvent tout rempli , sans les gens de simple passage.
Pour ne plus revenir à la même matière, le deuil de Mme la duchesse de Berry eut une chose Jusqu'alors sans exemple, et qui n'en a pas eu depuis : c'est que le roi, ne le portant que six semaines, la cour ne comptoit pas le porter davantage, parce que les deuils de cour ne se portent que par respect pour le roi, et se prennent et se quittent en même temps que lui. Cependant il y eut ordre de le continuer au delà du roi et de le porter trois mois, c'est-à-dire autant que M. le duc d'Orléans le porta.
Les logements au Luxembourg furent conservés aux deux premiers officiers , et au premier maître d'hôtel ; et le chevalier d'Hautefort , premier écuyer, obtint de conserver les livrées et un carrosse aux armes de Mme la duchesse de Berry sut le dernier exemple de Sainte-Maure , premier écuyer de feu M. le duc de Berry.
Le roi alla voir sur cette mort Madame, M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans.
Le roi , qui étoit depuis trois semaines dans l'appartement de la reine mère au Louvre pour laisser nettoyer les Tuileries , alla , pendant ce séjour, voir toutes les académies et le balancier. Le maréchal de Villeroy voulut parler aux Académies françoise , des sciences et des belles-lettres ; on ne comprit ni pourquoi ni trop ce qu'il y dit ; les directeurs de ces académies tirent chacun une harangue au roi, qui retourna après aux Tuileries.
Mme du Maine obtint d'aller demeurer dans un château voisin de Chalon-sur-Saône où La Billarderie la fit conduire , et le duc du Maine , celle de chasser autour de Dourlens . mais sans en découcher. En même temps le secrétaire du prince de Cellamare , qui avoit eu enfin permission de retourner en Espagne , fut arrêté en chemin à Orléans, et mené dans le château de Saumur. C'est que la duchesse du Maine avoit commencé à parler, à avouer beaucoup de choses , peut-être à en cacher davantage ; car , comme je l'ai dit au commencement de cette afi"aire , et Saimt-Sbwon XI 10