‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 140 sur 335 · LE NONCE BENTIVOGLIO PART · texte numérisé non relu

LE NONCE BENTIVOGLIO PART

Le comte d'Évreux acheta flu duc d'Estrées le gouvernement de l'Ile-de-France, et du duc de Tresmes la capitainerie de Monceaux, aveclaqiielle il désola le cardinal de Bissy sur la chasse , par cent procès et procédés, pour sa maison de campagne de son évèché de Meaux.

Le nonce Benlivoglio, près enfin d'être cardinal et sûr de trouver sa calotte en entrant en Italie, prit congé du roi et du régent, après avoir fait, ou voulu et travaillé à faire tous les maux dont les chiens et les loups enragés peuvent être capables. Il emporta le mépris et la malédiction publique, même de ceux de son parti. Il ne fut regretté que d'une fille de l'Opéra qu'il entretenoit chèrement, et dont il eut une fille, qui à son tour monta sur le théâtre de rO;)éra, où elle a été fort connue et toujours sous le nom de la Constitution , en mémoire de son éminentissime père, qui en tout étoit un fou et un scélérat qui auroit mis le feu aux quatre coins de l'Europe, s'il avoit cru et pu en hâter sa promotion d'un jour. Il avoit si bien noirci à Rome l'abbé de Lorraine, nommé à Bayeux , et l'abbé de Castries, nommé à Tours, que le pape leur refusa leurs bulles. D'aulrer, nommés par compagnie, essuyèrent la même vexation. Je m'étois employé pour l'abbé de Castries, conjointement avec Mme la duchesse d'Orléans qui m'en avoit prié avant que nous fussions brouillés, et l'amitié pour cet abbé et pour son frète m'y auroit bien porté seul. On voit par cette date combien ces bulles se différèrent. Enfin , on fit parler si haut à Rome , qu'à la fin les bulles arrivèrent; le grand crime de ces deux nommés étoit leur liaison d'amitié avec le cardinal de Noailles. Tous deux s'en moquèrent devant et après; tous deux se firent sacrer par le cardinal de Noailles, l'abbé de Castries, à l'ordinaire, dans la chapelle de l'archevêché; l'abbé de Lorraine, quelque peu après, dans le chœur de Notre-Dame à la prière du cha- Tjitre, ce qui, depuis l'épiscopat du cardinal de Noailles, ne s'étoit fait ue pour son frère, qui lui succéda à l'évêché de Châlon.

Les déclarations de la duchesse du Maine qu'on a vues ici en son lieu donnèrent lieu à des découvertes importantes en Bretagne, et enfin à une commission de douze maîtres des requêtes, à la tête desquels Châteauneuf, conseiller d'Él t, de retour de ses ambassades, fut mis. Vattan , maître des requêtes , en fut le procureur général , et deux conseillers du Châtelet pour substituts. Plusieurs gentilshommes furent arrêtés en Bretagne, d'autres en fuite, entre ces derniers Pontcallet, Bonamour, du Poulduc' de la maison de Rohan. La commission se rendit à Nantes -. on avoit eu soin auparavant de prendre des prétextes pour la faire soutenir par des troupes, et pour que l'arrivée de ces troupes n'effarouchât personne.

Le maréchal de Berwick , n'ayant plus rien à exécuter du côté de la Navarre, étoit passé en Roussillon, oii il prit la Ceu-d'Urgel et nettoya divers postes en présence du prince Pio , qui l'avoit suivi à la tête de l'armée d'Espagne par le dedans du pays, et ce fut là que finit la campagne. Le Guei chois, lieutenant général, en eut le gouvernement avec douze mille livres d'appointements.

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