L*ABBÉ TENCIN VA À ROME
cour. « Ce n'est pas la peine, dit alors ce même avocat, puisque vous y êtes résolu, et que vous l'offrez de si bonne grâce. Voilà, ajouta-t-ij , en secouant sa manche, qui cachoit sa main et un papier qu'elle tenoil, voilà une pièce entièrement décisive , dont je demande à la cour de faire la lecture;» et tout de suite il la fit. C'éloit le marché original du prieuré, signé de l'abbé Tencin. qui prouvoit la simonie et la friponnerie à n'avoir pas un mot à répliquer. La pièce passa aussitôt entre les mains des juges, qui furent indignés de la scélératesse et de la hardiesse de Tencin. L'auditoire en frémit, qui, excité par M. le prince de Coati, fit une risée et une huée à plusieurs reprises. Tencin , confondu , perdit toute contenance , fit le plongeon et tenta de s'évader; mais sa partie, qui s'étoil flattée de l'enferrer comme elle fit , s'étoit à tout événement pourvu de trois ou quatre gaillards, qui, sans faire semblant de rien, s'étoient mis à portée de l'abbé, et l'empêchèrent de sortir de sa place. Cependant Mesmes. premier président, alla aux opinions, qui ne durèrent qu'un instant, et où M. le prince de Conti ni les pairs qu'il avoit menés ne furent point, parce qu'ils n'avoient pas assisté aux plaidoiries précédentes. Le premier président remis en place prononça un arrêt sanglant contre Tencin avec dépens et amende, qui est une flétr issure, puis fit avancer Tencin, et l'admonesta cruellement sans épargner les termes les plus fâcheux, et de la voix la plus intelligible. Il la finit par le condamner à une aumône, qui est une peine infamante. Alors les huées recommencèrent; et, comme il n'y avoit plus rien à ajouter, l'abbé Tencin ne trouva plus d'obstacle pour se couler honteusement dans la presse et se dérober aux regards des honnêtes gens et aux insultes de la canaille. Ce jugement se répandit à l'instant par tout Paris avec l'éclat et le scandale qui en étoit inséparable.
Tout autre que l'abbé Dubois auroit changé d'agent pour Rome , mais celui-ci se trouvoit tellement à son point et dans ses mœurs, et ses talents lui semblèrent si difficiles à rassembler dans un autre, qu'il le fit partir dès le lendemain pour le faire disparoître, et par là faire cesser plus tôt ce que sa présence eût renouvelé. Dubois eut raison sans doute. Ce n'étoit ni du mérite ni de la vertu qu'il attendoit le cardinalat. Son négociateur étoit supérieur à tout autre pour faire valoir utilement l'or, l'intrigue et les divers ressorts où l'abbé Dubois avoit établi toutes ses espérances. Les manèges de son agent à Rome se trouveront en leur lieu. Law fut fort touché d'une aventure si infâme et si publique arrivée à son convertisseur, qui ne fit pas honneur à sa conversion, qui avoit déjà bien fait parler le monde. Il acheta un million l'hôtel Mazarin ' pour
4 . Cet hôtel renferme maintenant laBibliolbéque impériale. La partie la plus ancienne avait été bâtie par Chevery ou Chevry , président à la chambre des Comptes. Jacques TubeuT, président à la même chambre, fil bâtir une autre partie sur les dessins de l'arcliiiecle Le Muet. Mazarin acheta de Tubeuf ces maisons qui répondent aux bâtiments portant les numéros <4, 1 2 et 10 delà rue des Petits-Champs. Derrière ces maisons il y avait de vastes jardins. Mazarin agrandit considérablement l'hôtel Tubeuf; il fit bâtir la grande galerie qui longe la rue de Richelieu et s'étend de la rue des Pelils-Champs à l'arcade Colbei'l, ainsi que la galerie Mazarine, qui contient une des parties les plus