‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 150 sur 335 · BRETONS EN FUITE ET ARRÊTES · texte numérisé non relu

BRETONS EN FUITE ET ARRÊTES

gentilhomme de Bretagne qui avoit été exilé et rappelé, et qui étoit à Paris, fut misa la Bastille. Peu de jours après les femmes de Bonamour et de Landivy, dont les maris étoient en fuite, furent arrêtées en Bretngne. Ponlcallet s'en sauva ea même temps. On courut inutilement aj'rès lui.

M. le duc d'Orléans ne se lassoit point de profusions ni de faire des ingrats. Il donna plus de quatre cent mille livres à la maréchale de Rochefort, dame d honneur de Mme la duchesse d'Orléans; cent mille livres à Blansac, son gendre; autant à la comtesse de Tonnerre sa petile-fille ; trois cent mille livres à La Châtre ; autant au duc de Tresmes ; deux cent mille livres à Rouillé du Coudray, conseiller d'État, qui avoit été l'âme des finances sous le duc de Noailles; cent cinquante mille livres au chevalier de Marcieu ; enfin à tant d'autres que j'oublie ou que j'ignore que cela ne se peut nombrer; sans ce que ses maîtresses et ses roués lui en arrachoient, et de plus, lui en prenoient les soirs dans ses poclies, car tous ces présents étoient en biWels qui valoient tout courant leur montant en or, mais qu'on lui préféroit.

Cette soif de l'or ùt faire un singulier mariage au prince d'Auvergne, nom que le chevalier de Bouillon avoit pris depuis quelque temps. Une Mme Trente, Anu'loise, qui se disoil demoiselle, et prétendoit être à Paris à cause de la religion, s'éloit fourrée par là chez Mme d'Aligre. de laquelle j'ai parlé plus d'une fois. Elle relira chez elle cette fille d'abord par charité, et la garda longtemps, charmée de son ramage. Elle ne tarda pas à se faire connoître par ses intrigues et par son esprit souple, liant, entreprenant, hardi, i|ui surtout vouloit faire fortune. Elle attrapa lestement force Mississipi de Lnw, qu'elle sut faire trèsbien valoir. Ce grand bien donna dans l'œil au prince d'Auvergne, qui avoit tout fricassé. Il cherchoit à se marier sans pouvoir trouver à qui; le décri profond et public où ses débauches l'avoient fait tomber, et d'autres aventures fort étranges, ni sa gueuserie n'épouvantèrent point l'aventurière angloise. Le mariage se fit au grand déplaisir des Bouillon. Elle mena toujours depuis son mari par le nez, et acquit avec lui des richesses immenses par ce même Mississipi. Il est pourtant mort avec peu de bien . parce qu'il avoit été soulagé de presque tout son portefeuille que sa femme avoit eu l'adresse de lui faire prêter, et qu'elle a été fort accusée d'avoir mis de côté. Quoi qu'il en soit, il a été perdu pour le mari et pour les siens, sans moyens contre la femme qui en demeura brouillée avec tous les Bouillon et qui n'a point eu d'enfants qui aient vécu. Elle chercha, avant et depuis la mort de son mari, à faire un personnage, mais la défiance la fit rejeter partout. Elle se retsancha donc sur la dévotion, la philosophie, la chimie qui la tua à la fin, au bel esprit surtout, dans un très-petit cercle de ce qu'elle put à faute de mieux. Avec tout ce florissant Mississipi , il y eut des avis qu'on vouloit tuer Law, sur quoi on mit seize Suisses du régiment des gardes chez lui, et huit chez son frère qui éloit depuis quelque temps â Paris.

J'ai difieré à ce temps, où Pezé' eut enfin le régiment du roi infan-

i . Ce nom s'écrit ordinairement Pezaj,

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