‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 152 sur 335 · DE NANGIS ET DE PEZÉ · texte numérisé non relu

DE NANGIS ET DE PEZÉ

laquelle étoit ainsi cousine germnine du père de Pezé, et lui, par conséquent, issu de germain des duchesses d'Auinont. mère du duc d'Humières, de Ventadour et de La Kerté, toutes trois filles de la maréchale de La Mothe. Celte alliance si proche le tira du régiment des gardes où il étoit entré en sortant de page , et le fit gentilhomme de la manche du roi. C'étoit un jeune homme de figure commune avec beaucoup d'esprit et de physionomie, plein de manèges, d'adresses, de finesse, de ressources dans l'esprit, liant et agréable, le ton du grand monde et de la bonne compagnie où il étoit agréable et bien reçu , et d'une ambition qui lui fit trouver toutes sortes de talents pour arriver à la plus haute fortune. Il fit si bien qu'il persuada au monde que le roi l'avoit pris en amitié, que cette raison le fit compter, lui acquit des amis con.sidérables à qui il ne manqua jamais en aucun temps , et lui fraya le chemin à tout. Je crois avoir reçu la dernière lettre qu'il ait jamais écrite; il m'a vu toujours très-soigneusement et m'a toujours parlé de tout à cœur ouvert. On a vu en son temps que le duc d'Humières fit que je lui fis obtenir le gouvernement de la Muette dès que le roi eut cette maison , puis le régiment du roi quand Nangiseut la permission de le vendre, et Pezé ne l'oublia jamais. Enfin Nangis, lassé de ne point vendre, chercha à profiter du désir de Pezé et de l'incroyable facilité de M. le duc d'Orléans, à laquelle je n'eus point de part, mais bien à l'agrément d'acheter exclusif de tout autre. Pezé donna donc cent vingt mille livres desquelles Nangis donna soixante-cinq mille livres à Saint-Abre, qui, moyennant cette somme, lui céda le gouvernement de Salces, en Languedoc, qu'il avoit. Il étoit de dix mille livres d'appointements, il fut misa seize mille livres en même temps pour Nangis qui, outre sa pension de six mille livres comme colonel du régiment du roi qui lui fut conservée , en eut une autre pour son frère le chevalier de Nangis, de quatre mille livres, qui éloit capitaine de vaisseau. Saint-Abre eut par le marché une pension du roi de cinq mille livres , dont deux mille livres furent assurées à une de ses filles après lui. Ainsi Nangis tira plus de quinze raille livres de rente de ce qui ne lui avoit jamais rien coûté et qu'il désiroit de vendre, et avec cela fut assez sot pour m'en bouder toute sa vie, et fit le mécontent. Aussi lui et Pezé n'ont jamais été bien ensemble.

Nangis, à force de restes mourants de sa figure passée, devint pour rien chevalier d'honneur de la reine à son mariage, sans cesser de servir, fut chevalier de l'ordre, et quoique sans considération, et ayant paru un très-ignorant officier général , son ancienneté parmi les autres pouliée par sa charge , le fit enfin maréchal de France , pour ne point servir et achever sa vie sans considération et comme dans la solitude au milieu de la cour, s'ennuyant et ennuyant les autres, et ne paroissant guère que pour les fonctions journalières de sa charge. Pezé , au contraire , passé en Italie avec le régiment du roi , y montra tant de talents naturels pour la guerre qu'il y saisit d'abord toute la confiance des généraux des armées , et devint en très-peu de temps l'âme des projets et des exécutions. Il força par sa valeur et par ses lumières l'envie à lui rendre justice. 11 mourut des blessures qu'il avoit reçues à la bataille de Guastalla, avec l'ordre du Saint-Esprit qui lui fut envoyé en récom-

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