HAINE DE MAILLY
bulles, dispenses, etc., s'y faisoient par la seule entremise des banquiers en cour de Rome. Le roi étoit fort jaloux sur ce point. Ce n'a été que tout à la fin de son règne que l'affaire de la constitution, qui fit tant de fripons, d'ambitieux et de fortunes , et le crédit et l'intérêt du P. Tellier énervèrent cette loi si salutaire, puis l'anéantirent, dont la France sent encore tout le poids et le malheur. On a vu ailleurs ici combien il y eut de peine et de travail à sauver M. d'Arles, surpris en cette faute à l'occasion des reliques de saint Trophime , dont il avoit envoyé un présent au pape qu'il s'étoit fait demander, dont il fut sur le point d'être perdu. Cet orage , que Mme de Maintenon eut grande peine à calmer, et qui fit grand bruit à la cour, rendit l'archevêque d'Arles plus timide, mais sans lâcher prise, et lui servit ù Rome. On peut juger qu'un homme d'ambition si suivie n'avoit pas négligé de se dévouer aux jésuites et de se les acquérir. Une haine commune les unissoit.
La comtesse de Mailly , et les Mailly leurrés et accoutumés à la voir la nièce favorite de Mme de Maintenon , n'avoient pu digérer la fortune si supérieure de la nièce véritable, et ce que les Noailles avoient tiré de ce mariage. N'osant s'en prendre à Mme de Maintenon , ils s'en prenoient aux Noailles qu'ils haïssoient parfaitement; l'archevêque d'Arles en étoit irrité plus qu'aucun d'eux. Il ne pouvoit supporter l'éclat du cardinal de Noailles , dont les avances et la douceur ne le purent jamais ramener, en sorte que, se trouvant d'une assemblée du clergé où le cardinal de Noailles, lors en pleine faveur, présidait, il prit à tâche, sourdement étayé des jésuites , de lui faire contre en toute occasion , sans que la patience et tout ce que le cardinal put faire pour le rendre plus traitable, y pût réussir, tellement que l'archevêque leva le masque et lui rompit publiquement en visière. Le cardinal , tout modéré quïl étoit, ne crut pas devoir souff'rir cette insulte. Il la repoussa avec sagesse, mais avec la hauteur qui convenoit à sa place, et comme au fond il avoit raison, et qu'il sut bien l'expliquer et le démontrer, il confondit l'archevêque, qui ne sut que balbutier, et qui fut blâmé publiquement de toute l'assemblée. Cet éclat obligea le cardinal d'en rendre compte au roi. Le roi lava doucement la tète à l'archevêque , et l'obligea d'aller faire des excuses au cardinal, sans que les jésuites osassent direun mot en sa faveur, ni que lui eût pu gagner Mme de Maintenon qui le tança fortement. "Voilà ce qu'il ne pardonna jamais aux Noailles , et qui le rendit l'ennemi ardent et irréconciliable du cardinal de Noailles tout le reste de sa vie, jusqu'à m'avoir dit à moi-même dans le feu de l'affaire de la constitution , et lui cardinal , sur laquelle nous n'étions pas d'accord , qu'il ne se soucioit de la constitution comme telle en façon du monde-, qu'il ne l'avoit jamais soutenue avec ardeur, comme ilferoit toujours, que parce que le cardinal de Noailles étoit contre, et qu'il auroit été contre avec la même violence , si le cardinal de Noailles avoit été pour. Il ne me dissimula pas aussi que la vue pi'ochaine du chapeau lui avoit fait faire les fortes démarches qu'il avoit crues utiles pour se l'assurer et se l'accélérer.
Le Tellier, fils du chancelier de ce nom, et frère de Louvois, étant mort en 1710, archevêque de Reims depuis longues années, et toute sa