‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 169 sur 335 · RARE ET INSIGNE FRIPONNERIE · texte numérisé non relu

RARE ET INSIGNE FRIPONNERIE

pas facilement de ses idées particulières de se faire un parti dans le leur, et qui chercheroit sans cesse à pointer et à primer, ce que la naissance ni le siège du cardinal de Bissy ne lui avoient pas permis de tenter à l'égard du cardinal de Rohan. Tant d'obstacles ne me rebutèrent point. Tous ceux-là avoient à combattre une chose faite, l'engagement solennel de la cour de Rome , la foiblesse du régent qui étoit la meilleure pièce en faveur de l'archevêque; je m'en servis utilement pour lui faire sentir que Home ne reculeroit pas . et qu'à chose faite . et qui malheureusement n'étoit pas sans exemple, il étoit de la prudence de se prendre à tout ce qui pouvoit sauver l'honneur et les apparences , eî d'éviter une longue suite des plus épineux embarras dont on ne pouvoir prévoir ni le terme, ni la fin, ni tout ce qu'ils en pouvoient faire naître de plus fâcheux encore. Ces représentations étoient tellement conformes au naturel de M. le duc d'Orléans qu'elles firent plus de progrès et plus prompts que je ne l'avois espéré.

Les choses en étoient là quand le mercredi matin du 20 décembre. La Vrillière me vint dire que l'archevêque de Reims étoit arrivé la veille fort tard à Paris. Ce voyage sans aucun concert avec nous, et fait à l'insu de tout ce qui lui appartenoit, nous parut une équipée qui romproit toutes nos mesures et rejetteroit M. le duc d'Orléans dans sa première colère, pour être venu du lieu de son exil sans sa permission. Nous nous trompions tous : l'abbé de La Fare-Lopis. son gran4 vicaire et son homme à tout faire, étoit un fripon du premier ordre, plein d'esprit et de ressource=, qui jusqu'alors s'étoit présenté à tout vainement, parce qu'il s'éloit tellement décrié par son abandon au P. Tellier et aux jésuites . que jusqu'aux chefs de la constitution en avoient en même temps peur et mépris, et l'avoient écarté de tout. La promotion admise de Mailly lui parut une planche apràs le naufrage , si elle pouvoit l'être par son industrie. Il s'étoit affronté là-dessus à l'abbé Dubois avec toute la hardiesse et la délicatesse possible , et avoit eu l'art d'en essuyer les plus énormes pouilles en face , sans se fâcher qu'à propos et par mesure. Il eut celui de lui faire revenir qu'il se méprenoit beaucoup sur ses vues du côté de Rome , de s'élever si fortement contre ce qu'elle venoit de faire en faveur de Mailly, au lieu de s'y faire un mérite de l'y servir, de l'aider à la tirer de l'embarras de l'engagement si public où elle venoit de se jeter, et à Mailly de s'acquérir sur lui le service de lui faciliter le prompt consentement du régent , au lieu d'irriter ce prélat par ses fougues , duquel il voyoit avec évidence quel étoit son crédit et sa considération à Rome qjihasardoit sciemment tout poiir lui et qui pouvoit lui nuire ou le servir si puissamment pour son chapeau. Ce funeste chapeau étoit la boussole de Dubois, et plus funestement encore Dubois étoit devenu la boussole du régent. Réflexion faite, le chapeau séducteur, quoique encore vu de si loin , changea subitement Dubois. Il manda l'abbé de LaFare, lui fit cent amitiés, et à force de prolonger des verbiages, chercha à le faire parler pour profiter du ton qu'il prendroit.

La Fare plus fin que lui encore p irce que , sans fougue et maître de lui-même, rien ne le détouruoit des moyens de son but, se mit à rire, et lui dit qu'il n'avoit jamais été un moment la dupe des emportements

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