‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 183 sur 335 · DE MADAME LA DUCHESSE LA JEUNE · texte numérisé non relu

DE MADAME LA DUCHESSE LA JEUNE

leur but personnel, avec toute cette gloire dont M. et Mme du Maine avoient fait leur instrument pour les tromper et les conduire eu aveugles. La femme de l'aîné de la maison de Montmorency , de laquelle M. le Prince, père du héros, étoit gendre, et dont les dépouilles ont constitué ses grands biens , étoit dame d'honneur de Mme la Duchesse la jeune, et y eut tant de dégoûts qu'elle se relira. Il est vrai que son mari étoit pauvre en tout genre, et elle, avec beaucoup de mérite, de trèspetite étoffe. Mme de Pons lui succéda avec empressement; son mari étoit l'aîné de cette grande et illustre maison de Pous, mais si pauvre que M. de La Rochefoucauld . le favori de Louis XIV , prit soin de lui jusqu'à son logement, son vêtement et sa nourriture. Il avoit de la grâce, une éloquence naturelle, beaucoup d'esprit et fort orné; beaucoup de politesse , mais à travers laquelle transpiroit même grossièrement une extrême gloire et une opinion de soi-même rebutante. Il eut du roi une charge dans la gendarmerie où il servit comme point , et ne vit guère plus de cour que de guerre. Il avoit un des plus beaux visages qu'on pût voir. Ce visage, soutenu de son esprit, donna dans les yeux de Mme de La Baume qui l'épousa. Elle étoit fiUe unique de M. de Verdun et riche héritière , parce qu'elle étoit restée seule des enfants de son père, qui n'avoit point paru à la guerre ni à la cour, qui étoit riche, et qui avoit beaucoup amassé. Lui et le maréchal de Tallard étoient fils des deux frères, Verdun de l'aîné, et avoit de grandes prétentions contre Tallard, ce qui les engagea à marier leurs enfants.

Le mariage ne dura guère. La Baume, fils aîné du maréchal, et qui promettoit beaucoup , mourut sans enfants des blessures qu'il reçut à la bataille d'Hochstedt , perdue par son père comme on l'a vu en son lieu , n'ayant été marié que six mois. Sa veuve se remaria en 1710 à M. de Pons, à qui elle porta de grands biens et force procès et prétentions, dont ils tourmentèrent tant le maréchal de Tallard , qu'ils en tirèrent à peu près ce qu'ils voulurent. La femme étoit aussi dépiteusement laide que le mari étoit beau , et aussi riche qu'il étoit pauvre ; d'ailleurs autant de gloire , d'esprit , de débit et d'avarice l'un que l'autre. Cette avarice et leur procès l'emporta sur leur gloire : ils briguèrent la place aue Mme de Montmorency-Fosseux quittoi'. , et l'obtinrent : leurs affaires liquidées , Mme de Pons s'en lassa et s'en retira. Elle étoit très-méchante très-difficile à vivre , maîtresse absolue de son mari , dont l'humeur étoit pourtant dominante, et qui régnoit tant qu'il pouvoit sur tous ceux qu'il fréquentoit. Cette humeur peu compatible avec celle de MM. de La Piochefoucauld, moins encore avec tous les secours qu'il en avoit reçus rendit le commerce rare et froid entre eux, dès qu'il n'en eut plusbesoin. Le chevalier de Dampierre , écuyer de M. le Duc, qui étoit Cugnac, bonne noblesse, qui a eu un chevalier du Saint-Esprit, en 1595, et lieutenant général d'Orléanois sous Henri IV, présenta la femme de son frère. Cet écuyer imposoit aisément à son maître par l'énormité de sa prestance , beaucoup d'esprit et fort avantageux , quoique soutenu d'aucune qualité personnelle , glorieux à l'excès , et qui avoit persuadé M. le Duc qu'il étoit , comme on dit , de la côte de saint Louis. Moyennant ce caquet sa belle-sœur euX la.piace; ils en avoient «rand besoin » car ils

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