‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 188 sur 335 · GRÂCES PÉCUNIAIRES · texte numérisé non relu

GRÂCES PÉCUNIAIRES

M. le duc d'Orléans, par sa facilité ordinaire ou pour adoucir au monde la nouvelle élévation de Law à la place de contrôleur général, fit quantité de grâces pécuniaires, il donna six cent mille livres à La Fare, capitaine de ses gardes; cent mille livres à Caslries, chevalier d'honneur de Mme la duchesse d'Orléans; deux cent mille livres au vieux prince de Courlenay, qui enavoit grand besoin; vingt mille livres de pension au prince de Talmont; six mille livres à la marquise de Bel' lefonds. qui en avoit déjà une pareille, et, à force de cris de M. le prince de Conti, une de soixante mille livres au comte de La Marche, son fils, âgé à peine de trois ans; il en donna encore de petites à ditférenies personnes. Voyant tant de déprédation et nulle vacance à espérer, je demandai à M. le duc d'Orléans d'attacher douze mille livres en augmentation d'appointements à mon gouvernement de Senlis, qui ne valoit que mille écus, et dont mon second fils avoit la survivance, et je l'obtins sur-le-champ.

Tout ce que je voyois de jour en jour du gouvernement et des embarquements de M. le duc d'Orléans, au dedans et au dehors, m'affligeoit de plus en plus et me convainquoit de plus qu'il n'y avoit de remède que par le conseil étroit que je lui avois proposé , tel qu'on l'a vu plus haut. Plus j'en sentois la difficulté par la légèreté de M. le duc d'Orléans et par l'intérêt capital de l'abbé Dubois si fort devenu son maître, plus j'y insistois souvent, quoique je me retirasse de tout le plus qu'il m'étoit possible, et que M. le duc d'Orléans m'y donnât beau jeu pour complaire à la jalousie de Dubois, qui craignoit tout, et moi sur tous autres. J'allai même jusqu'à presser M. le duc d'Orléans de mettre dans ce conseil étroit le duc de Noailles . Canillac , et tout ce qu'il me savoit le plus opposé , non pas que j'estimasse leur probité ni leur capacité, comme je le lui dis, mais pour lui marquer à quel point je croyois cet établissement important et pressant à faire, et que, tels que fussent ceux que je lui nommois. j'aimerois mieux les y voir et que ce conseil fût établi. L'argument étoit pressant, aussi M. le duc d'Orléans en fut-il surpris et embarrassé, parce qu'il en sentit toute la bonne foi de ma part, conséquemment toute l'énergie. Il ne se défendoit point, mais tiroit de longue. Je revenois de temps en temps à la charge.

Une des dernières fois que je le pressois le plus et qu'il ne savoit que répondre, et c'étoit encore en nous promenant tous deux dans sa petite galerie , devant son petit cabinet d'hiver , il se tourna tout d'un coup à moi et me dit avec quelque vivacité : a Mais vous me pressez toujours làdessus; vous voulez ce conseil à tel point que vous consentez que j'y mette qui je voudrai . jusqu'à ceux que vous ha'issez le plus, et vous, vous n'en voulez pas être; franchement, n'est-ce point que vous sentez qu'il sera pour le moins aussi bon et plus sûr de n'en avoir point été, quand le roi sera devenu grand? » A l'instant je lui saisis le bras, et d'un ton bien ferme, en le regardant entre les deux yeux, je lui répondis : a Oh ! monsieur, puisque cette idée vous entre dans la tête, je vous demande d'être de ce conseil , et je vous déclare que j'en veux être. Je vous ai toujours dit que je n'y voulois point entrer , parce que je vous connois , que vous auriez cru que je ne vous proposois et pressois d'é-

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