‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 202 sur 335 · DÉSORDRE DU SYSTÈME · texte numérisé non relu

DÉSORDRE DU SYSTÈME

ç'embarqna à Antibes où la duchesse de Villars et les dames prirent ongé d'elle et prirent le chemin du retour.

Mme de Simiane , fille du comte de Grignan , chevalier de l'ordre , et [de la fille de Mme de Sévigné, si connue par son esprit et par sesletitres, et veuve de M. de Simiane, premier gentilhomme de la chambre ' de M. le duc d'Orléans et lieutenant général de Provence , après son beau-père, demeura en Provence et n'en revint plus. Mme Goyon étoit fille de Mme Desbordes , qui avoit passé sa vie sous-gouvernante des enfants et des petits-enfants de Monsieur, quoique femme d'un huissier de la chambre, mais elle avoit un vrai mérite, et quoique le mari de sa fille ne fût qu'écuyer de la grande écurie, il ne laissoit pas d'être homme de qualité, et de mêm.e nom que MM. de Matignon. D'ailleurs elle avoit été élevée auprès des filles de M. le duc d'Orléans, qui l'aimoient toutes beaucoup. Pour Mme de Bacqueville, il n'y eut personne qui n'en fût scandalisé. A la vérité, elle étoit fille de M. de Châtillon, chevalier de l'ordre , premier gentilhomme de la chambre de Monsieur , etc. , mais comme elle n'avoit rien, on l'avoit mariée à ce Bacqueville qui étoit riche , mais le néant. Son nom est Boyvin. Son père , qui s'appeloit Bonnetot, étoit premier président de la chambre des comptes de Rouen, d'une avarice sordide , dont le père étoit un fermier laboureur en son jeune temps , qui s'étoit enrichi au commerce des blés. Ce Bacqueville voulut être homme d'épée; son mariage lui valut un régiment. 11 y montra de la valeur, mais tant d'avarice et de folies qu'il fut cassé. Il se brouilla bientôt avec sa feinme à qui il ne donnoit rien , et qu'il accabloit d'extravagances; qui les fit séparer. Il n'en a pas moins fait depuis dans l'obscurité où il est tombé. Sa sœur avoit épousé Aligre, président à mortier, dont elle a été la seconde femme. Je ne sais ce qu'on donna à ces dames pour leur voyage. La duchesse de Villars eut cent mille francs. Son choix fut une nouveauté ; jamais duchesse n'avoit conduit de princesse du sang. Cet honneur jusqu'alors avoit été réservé aux filles de France et aux petites-filles de France depuis qu'il y en eut; mais c'étoit la fille du régent qui venoit de faire duc et pair le beau-père de la duchesse de Villars et son mari par conséquent, dont on a vu l'histoire ici en son lieu , et le duc de Brancas , presque tous les soirs des soupers de M. le duc d'Orléans , et familièrement bien avec lui de toute sa vie. Mme la grande-duchesse [de Toscane] embrassant la princesse de Modène pour lui dire adieu : « Allez, mon enfant, lui dit-elle, et souvenez-vous de faire comme j'ai fait ; ayez un enfant ou deux , et faites si bien que vous reveniez en France; il n'y a de bon parti que celui-là. » Leçon étrange, mais dont la princesse de Modène ne sut que trop bien profiter.

Le système de Law tiroit à sa fin. Si on se fût contenté de sa banque, et de sa banque réduite en de justes bornes et sages, on auroit doublé tout l'argent du royaume et porté une facilité infinie à son commerce et à celui des particuliers entre eux, parce que, la banque toujours en état de faire face partout, des billets continuellement payables de toute leur valeur auroient été de l'argent comptant et souvent préférables à l'argent comptant par la facilité du transport. Encore faut-U convenir, comme

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