MAISON DE HORN
Thierry de Horn , frère puîné du trisaïeul du dernier de la branche aînée , fit la seconde branche qui finit à sa dixième génération.
J, de Horn fut chef de la troisième et dernière branche, et portoit le nom de seigneur de Baussignie. Il étoit second fils de Philippe, seigneur de Gaësbeck , arrière-petit-fils de Thierry , chef de la seconde branche. Eugène Max , sa cinquième génération directe , fut fait prince de Horn. Son fils unique, Philippe-Emmanuel, prince de Horn, eut les charges, les emplois et les distinctions les plus considérables , civiles et militaires , sous Charles II . roi d'Espagne , dont il reconnut le testament . servit de lieutenant général aux sièges de Brisach sous Mgr le duc de Bourgogne, de Landau, sous le maréchal de Tallard, se distingua fort sous le même à la bataille de Spire, puis sous le maréchal de ViUeroy, fut blessé de sept coups et prisonnier à la bataille de Ramilles. D'Antoinette, fille du prince de Ligne, chevalier de la Toison d'or et grand d'Espagne , il a laissé deux fils : Maximilien-Emmanuel qui a suivi la révolution des Pays-Bas, où tous ses biens sont situés, et où il porte le nom de prince de Horn , et Antoine-Joseph portant le nom de comte de Horn dont il s'agit ici , et qui n'étoit encore que capitaine réformé dans les troupes autrichiennes, moins par sa jeunesse que par être fort mauvais sujet , et fort embarrassant pour sa mère et pour son frère. Ils apprirent tant de choses fâcheuses de sa conduite à Paris depuis le peu de temps qu'il y étoit arrivé, qu'ils y envoyèrent un gentilhomme de confiance avec de l'argent pour y payer ses dettes , lui persuader de s'en retourner en Flandre, et, s'il n'en pouvoit venir à bout, implorer l'autorité du régent, à qui ils avoient l'honneur d'appartenir par Madame, pour leur être renvoyé. Le malheur voulut que ce gentilhomme arriva le lendemain qu'il eut commis le crime qui va être raconté.
Le comte de Horn alla le vendredi de la Passion, 22 mars, dans la rue Quincamroix, voulant, disoit-il, acheter cent mille écus d'actions, et y d«"'^na pour cela rendez-vous à un agioteur dans un cabaret. L'agioteur o y trouva avec son portefeuille et des actions , et le comte de Horn accompagné, lui dit-il , de deux de ses amis : un moment après ils se jetèrent tous trois sur ce malheureux agioteur; le comte de Horn lui donna plusieurs coups de poignard , et prit son portefeuille ; un de ses deux prétendus amis qui étoit Piémontois, nommé Mille, voyant que l'agioteur n'étoit pas mort , acheva de le tuer. Au bruit qu'ils firent , les gens du cabaret accoururent, non assez prestement pour ne pas trouver le meurtre fait , mais assez tôt pour se rendre maître des assassins et les arrêter. Parmi cette bagarre, l'autre coupe-jarret se sauva; mais le comte de Horn et Mille ne purent s'échapper. Les gens du cabaret envoyèrent chercher la justice, aux officiers de laquelle ils les remirent, qui les conduisirent à la Conciergerie. Cet horrible crime, commis ainsi en plein jour, fit aussitôt grand bruit, et aussitôt plusieurs personnes considérables, parents de cette illustre maison, allèrent crier miséricorde à M. le duc d'Orléans, qui évita tant qu'il put de leur parler, et qui avec raison ordonna qu'il en fût fait bonne et prompte justice. Enfin les parents percèrent jusqu'au régent; ils tâchèrent de faire passer le comte de Horn pour fou , disant même qu'il avoit un oncle enferméi et