‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 234 sur 335 · DES BÂTARDS DU PRINCE DE MONTBÉLIARD · texte numérisé non relu

DES BÂTARDS DU PRINCE DE MONTBÉLIARD

noit par l'extinction de cette branche , voulut s'en mettre en possession ; les bâtards se barricadèrent et portèrent leurs prétentions au parlement de Paris. Ils étoient réunis contre le duc de Wurtemberg, mais divisés entre eux, ceux de chacune des deux prétendues femmes se traitant réciproquement de bâtards. Le frère et la sœur mariés vinrent à Paris; le mari n'éioit qu'un lourdaud, mais sa femme une maîlresse intrigante, ces sortes de créatures se sentent de loin les unes les antres. Mme de Mézières, dont il a été parlé (]uelquefois ici et qui excelloit en intrigues, avoit marié une de ses filles à M. de Mautauban, cadet du feu prince de Guéméné. au grand regret des Rohan, qui pourtant, l'atTaire faite, jugèrent à propos de s'aider d'une si dangereuse créature, pourne l'avoir pas contraire dans leur famille , et tirer parti de sa fertilité. Elle et ceite bâtarde qui avoit épousé son propre frère firent connoissance; la Mézières, bien avertie que la bâtarde avoit mis la main sur le riche magot du prince de Montbéliard, fit espérer sa protection et celle de ses amis, mais à des conditions, La princesse de Carignan , quoique d'une espèce bien différente par le mariage qu'elle avoit fait, n'étoit ni moins intrigante ni moins intéressée que toutes les deux; elle entra de part avec elles moyennant sa protection. Ces deux femmes et leur suite donnereui dans l'œil de la bâtarde; elle sentoit bien qu'il lui falloit un crédit trèssupérieur pour réussir; elle crut l'avoir trouvé, le marché se conclut. Les conditions furent une grosse somme comptant dès lors à la Mézières et une moindre à Mme de Carignan . et le mariage arrêté entre le fils de la bâtarde et une fille de Mme de Montauban, qui n'auroil lieu qu'eu cas de plein succès de l'afTaire; qu'on ne donneroit rien ou presque rien pour la dot; mais que par le gain du procès, le bâtard, frère et mari tout à la fois de cette bâtarde . père et mère du gendre futur de Mme de Montauban, étant déclaré légitime et héritier de la comté de Montbéliard, par conséquent de la maison de Wurtemberg, la Mézières, tous les Rohan et Mme de Carignan lui feroient obtenir le rang de prince étranger; et que, dès ce moment du marché, ils feroient tous leur propre affaire de la sienne. Ce marché étoit excellent pour toutes les parties, dont chacune y trouvoit merveilleusement son compte, mais les deux maîtresses intrigantes surtout, aui emiJochoient gros dès lors quoi qu'il pût arriver.

Les choses ainsi réglées, les protectrices du frère et de la sœur, mari et femme, leur firent prendre effrontément le nom, le titre, les armes et les livrées du feu prince de Montbéliard, leur père, avec un équipage sortable à ce nouvel état, qui de leur propre autorité préjugeoit le fond du procès. Tous les Hohan se mirent en pièces, Mme de Carignan remua tous les Luynes et fit acir la duchesse de Lévi, et Mme de Dangeau auprès du cardinal ; elle-même travailla auprès du garde des sceaux Chauvelin avec ses bassesses et ses adresses accoutumées et auprès duquel elle avoit grand crédit. Pour remuer tous les dévots à la mode, c'est-à-dire les jésuites et toute la constitution, les nouveaux Montbéliard abjurèrent le luthéranisme, et quoique frère et sœur mariés ensemble , devinrent une merveille de pieté. L'effet répondit aux espérances de cette belle conversion -, tout ce côté-là s'intrigua pour eux . et

Page 1