MORT DE MADAME DE COETQ'JEN
échapper i dessein de se parer de son empire sur M. de Tnrenne, mais à quelqu'un d'assez discret, et qui en sentit assez la conséquence pour qu'il n'allât pas plus loin. Le roi ne laissa pas d'être averti qu'il avoit transpiré. Il le dit à Louvois. qui lui protesta qu'il n'en éioit pas coupable. Le roi envoya quérir M. de Turenne, qui éioit alors aux couteaux tirés avec Louvois. Il eut alors plus de probité que de haine : il rougit et avoua sa foiblesse, et lui en demanda pardon Le roi, qui n'ignoroit pas quel est l'empire de l'amour, se contenta d'en rire un peu et de s'amuser aux dépens de M. de Turenne et avec lui , de le trouver encore si sensible à son âge. Il le chargea de faire en sorte que Mme de Coetquen filt plus secrète et tâchât de fermer la bouche à qui elle avoit eu l'indiscrétion de parler, car le roi n'apprit que par M. de Turenne que c'étoit par Mme de Coetquen, à qui il avoit conlié ce secret, qu'il s'étoit su. Mais heureusement il n'avoit pas été plus loin, et cette aventure ne porta aucun préjudice à celte grande exécution. Le feu roi considéroit Mme de Coetquen; elle étoit dans la confidence de sa sœur et fut assez avant en beaucoup de choses; elle étoit faite pour la cour et pour le grand monde, où elle figura longtemps.
L'abbé de Chaulieu mourut quelques jours après : c'étoit un agréable débauché de fort bonne compagnie, qui faisoit aisément de jols vers, beaucoup du grand monde, et qui ne se piquoit pas de religion. 11 montra malgré lui qu'il n'étoit guère plus attaché à l'honneur. Il l'étoit depuis bien des années à MM. de Vendôme, et fut très-lougtemps le maître de leur maison et de leurs afl'aires. Le duc de Vendôme s'en reposoit entièrement sur le grand prieur son frère et sur l'abbe de Chaulieu sous lui. On a vu ici en son temps que M. de Vendôme se trouva ruiné, que son frère et l'abbé de Chaulieu s'entendoient et le voloient; qu'il chassa Chaulieu de chez lui, se brouilla avec le grand prieur, lui ôta tout maniement de ses affaires et de la dépense de sa maison, et eut recours au roi, qui chargea Crozat l'aîné, beau-père depuis du comte d'Évreux, de l'administration des afTaires et de la maison de M. de Vendôme. Chaulieu n'en rabattit rien de son ton dans le monde, demeura de plus en plus étroitement lié avec le grand prieur, et se moqua de tout ce qu'on en pouvoit dire avec l'impuileiice qui lui étoit natur lie. Mais cependant il n'osoit plus paroître à la cour, quoiqu'on n'en eût pas fait assez de cas pour le lui défendre. Il n'étoit que tonsuré, se prélendoit gentilhomme, et avoit fourré un neveu dans la gendarmerie, qui ne s'est point poussé. Cette noblesse étoit pour le moins obscure , et le bien de la famille fort court. Celte friponnerie lui fit perdre beaucoup de sociétés.
Sousternon mourut subitement chez M. de Biron qu'il étoit allé voir. Il étoil fils d'un frère du feu P. de La Chaise, ancien lieutenant général fort borné, en sorte qu'il lui éioit arrivé des malheurs à la guerre. Il étoit aussi capitaine des gardes du comte de Toulouse, comme gouverneur de Bretagne.
Le '22 mai de celle année devint célèbre par la publication d'un arrêt du conseil d'Étal concernant les actions de la compagnie des Indes, qui est ce qu'on connoissoit sous le nom de Mississipi, et sur les billets de