‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 26 sur 335 · APPEL DU CARDINAL DE NOAILLES · texte numérisé non relu

APPEL DU CARDINAL DE NOAILLES

portant , et que , dénué de ce nombre de conseils dont les affaires s'y référoient , excepté l'important étranger et certains coups de finance , et destitué de ce groupe de personnes de tous états qui les composoient . celui de régence toraberoit dans un vide qui mécontenteroit tout le monde, et dans un mépris qui montreroit trop à découvert qu'il vouloit gouverner tout seul de son cabinet. Le défaut des personnes faciles et foibles est de tout craindre et tout ménager au point de se laisser acculer, et, sortis du danger, se croire invulnérables et tomler tout à coup dans l'autre extrémité , si l'intérêt de ceux à qui cette même foiblesse les livre le demande et les y pousse. C'est ce qui arriva au régent, que Dubois et Law , d'intelligence ensemble . entraînèrent.

Le cardinal de Noailles , arrêté par le P. de La Tour, général de l'Oratoire , qui eut après tout lieu de se repentir d'une prudence dont les vues étoient droites, mais trop courtes avec tout son bon esprit, le cardinal de Noailles, dis-je, avoit fait, malgré ses vrais amis, ceux de la vérité, et qui voyoient le plus clair, la faute capitale de n'avoir pas déclaré son appel de la constitution Unigenitus, lors de celui des quatre célèbres évêques en pleine Sorbonne avec elle , et en ce même temps que tant d'universités et de grands corps réguliers et séculiers firent publiquement le leur. Je lui exposai chez moi toutes les raisons importantes, pressantes , évidentes de déclarer son appel en si bonne compagnie qui l'auroit augmentée encore d'un grand nombre , à l'appui de son nom , et qui, selon les apparences, eût emporté celui du parlement de Paris et de quelques autres; mes exhortations furent vaines, et ceux qui aimoient l'Église et l'État , et qui voyoient les suites d'un délai si pernicieux, en gémirent. Il faut ici se souvenir de la conversation que j'eus là-dessus alors avec M. le duc d'Orléans, dans sa petite loge de l'Opéra, enfermés tête à tête, lieu étrange à traiter d'affaires pareilles, qui est rapporté tome X, page 131. L'intérêt de l'abbé Dubois, pour son chapeau, l'avoit changé, et .son maître, qui ne traitoil cette affaire qu'en politique, se laissa entraîner à la sienne et à la cabale intérieure que les chefs de la constitution avoient su se faire auprès de lui , et plus que par elle, par le duc de Noailles qui vendit son oncle à sa fortune, je ne dirai pas ses sentiments premiers, l'Église et l'État; il a fait toutes ses preuves qu'il ne se soucie guère ni de l'une ni de l'autre. Toutes ces choses ont été expliquées au même lieu indiqué. Les affaires s'étant depuis continuellement aigries par l'intérêt des chefs de la constitution en France, malgré Rome qui leur résistoit, le cardinal de Noailles sentit enfin la faute énorme qu'il avoit faite, et crut ne pouvoir plus trouver d'abri que par la déclaration de son appel. Il en rendit compte au régent, bien résolu à cette fois de ne se plus laisser gagner, et se démit en même temps de sa place de chef du conseil de conscience qui , de ce moment, ne s'assembla plus à l'archevêché, mais chez l'archevêque de Bordeaux qui y étoit en second. L'appel du cardinal de Noailles fut donc rendu public , dès le lendemain , 23 septembre. Il fut incontinent suivi de celui du chapitre de Notre-Dame . de presque tous les curés de Paris et du grand nombre du reste du diocèse . de plusieurs communautés séculières et régulières , et d'une foule immense d'ecclésiastiques

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