DÉCLARATION POUR LA CONSTITUTION
Baisons de s'y étendre. — Duc de Chartres grand maître des ordres de Notre-Dame du mont Carmel et de Saint-Lazare. — Mort du duc de Grammont ; son nom et ses armes. — Mort de Mme de Nogent, sœur du duc de Lauzun. — Réflexion.
L'abbé Dubois qui ne pensoit qu'à faciliter sa promotion au cardinalat, et qui y sacrifioit l'État, le régent, et toutes choses, fit si bien, que nous fûmes tous surpris qu'au conseil de régence tenu l'après-dînée du dimanche 4 août, M. le chancelier tira de sa poche des lettres patentes pour accepter la constitution Unigenitus , et les lut par ordre de M. le duc d'Orléans, qui ne prit les voix de personne, dont je fus aussi aise que surpris. Cette nouveauté de ne prendre point les avis frappa tout le monde, et marqua bien solennellement qu'ils n'auroient point été pour la déclaration et le tour de passe-passe et de violence d'en user hardiment de la sorte pour les faire passer pour approuvées, dans la certitude que personne n'oseroit réclamer. Ce fut un grand mérite que Dubois s'acquit auprès des jésuites et de toute la cabale de la constitution.
Le chevalier deBroglio, frère du premier maréchal, oncle de l'autre, mourut fort vieux en ce temps -ci, et auroit été bien étonné s'il eût vu leur fortune. C'étoit un homme très-bien fait, qui avoit passé les trois quarts de sa vie dans le subalterne de la guerre , l'extrême pauvreté, assez pourtant dans la bonne compagnie, entretenu par les dames, vivant sur le commun, qui presque tout à coup perça jusqu'à devenir lieutenant général, grand'croix de Saint-Louis et riche parla mort de son frère Revel et par un mariage dont il ne laissa qu'une fille qui est morte sans s'être mariée.
Ce fut en ce temps-ci que le comte de Saxe, bâtard du roi de Pologne, électeur de Saxe, et de MUe de Kœnigsmarck, qui s'est fait depuis un si grand nom à la tête de nos armées . vint se mettre au service de France , et fut fait maréchal de camp parce qu'il l'étoit dans les troupes de Saxe.
Alincourt, second fils du duc de Villeroy et le favori du maréchal son grand-père, épousa la fille de la maréchale de Boufflers dont le fils étoil gendre du duc de Villeroy. Cela devint donc un double mariage où la magnificence du maréchal de Villeroy fut déployée.
En ce même temps, Cellamare, qui fut arrêté ici pendant son ambassade, et qui, après la mort de son père, avoit pris le nom de duc de Giovenazzo, eut permission de venir saluer le roi d'Espagne à l'Escurial qui. depuis son retour de France, n'avoit pas voulu le voir, et l'avoit tenu exilé, mais dans son gouvernement. Il fut bien r çu, et peu après fit sa couverture comme grand d'E>pagne après son père, et demeura en celte cour, faisant les fonctions de sa charge de grand écu}er de la reine
La procession accoutumée de la Notre-Dame d'août se fit à l'ordinaire, où le cardinal de Noailles officia. La chambre des comptes et la cour des aides y laissèrent vides les places que le parlement a coutume d'y remplir, qui étoit lors à Pontoise.
[1720] LE PARLEMENT REFUSE DE l'eNREGISTRER. 329
Le parlement ne voulant point enregistrer la déclaration du roi pour l'acceptation de la constitution Unigenilus , et l'abbé Dubois, pressé jiar l'intérêt de son cha[)eau de donner des marques éclatantes de son zèle à Rome et aux jésuites, lit prendre la résolution à M. le duc d'Orléans de la faire enregistrer au grand conseil, et pour n'y point trouver les obstacles qu'il y craignoit , d'y aller lui-même et d'y mener tous les princes du sang, autres pairs et maréchaux de P'rance. parce qu'en ce tribunal tous les officiers de la couronne y ont séance et voix délibérative, à la diflërence des parlements où ils ne l'ont que quand le roi y va et qu'il les y mène. Arrivant de Meudon au Palais-Royal pour travailler avec M. le duc d'Orléans , je le trouvai seul dans son grand appartement , donnant des ordres à des garçons rouges pour aller avertir et convier ces messieurs pour le lendemain matin. J'ignorois parfaitement de quoi il s'agissoit. Dubois avoit peur que je n'eusse fait manquer la chose et persuadé M. le duc d'Orléans de la foiblesse et de l'indécence d'une démarche si solennelle, si nouvelle et si inutile. Je demandai donc à M. le duc d'Orléans de quoi il s'agissoit; il me le dit et tout de suite souriant et étendant ses bras vers moi , il me pria de ne me trouver point au grand conseil. Je me mis à rire aussi, et lui répondis qu'il ne pouvoit me donner un ordre plus agréable et que j'exécutasse plus volontiers , parce qu'il m'épargnoit la douleur de m élever publiquement contre sa volonté et d'opiner de toute ma force contre elle. Il me dit qu'il s'en doutoit bien et que c'étoit pour cela qu'il m'avoit prié de n'y point venir. Je ne laissai pas, quoique de chose faite, de lui dire en deux mots qu'on lui faisoit faire un pas de clerc, afficher son impuissance pour un enregistrement valable m loco majorum dans le seul tribunal . j'entends les autres parlements comme celui de Paris pour leur ressort, en caractère d'enregistrer les édits et les déclarations et de les faire enregistrer par ses arrêts dans les tribunaux inférieurs ressortissant à lui; conséquemment que le grand conseil, et tout tribunal non parlement, n'en avoit le pouvoir que pour des choses intérieures à sa juridiction qui n'est pas universelle pour les choses publiques et générales, par là non obligatoires à personne, nouveauté étrangère au grand conseil et qui ne lui donnoit ni droit ni puissance par soi-même de tenir la main à l'exécution de son enregistrement. Je me contentai de ces deux mots parce qu'il nétoit pas question d'espérer de rompre un parti pris si avancé, qui se devoit exécuter le lendemain matin , et que l'abbé Dubois regardoit comme sa propre et plus capitale aiïaire. Je fis ensuite ce que j'avois à faire avec M. le duc d'Orléans , et je m'en retournai à Meudon , fâché de ce qu'on lui faisoit faire, mais très-soulagé d'être dispensé, et , sans l'avoir demandé, d'aller au grand conseil. Le lendemain , 23 septembre , le régent s'y rendit en pompe et y trouva les princes du sang , les autres pairs et les maréchaux de France en aussi grand nombre qu'il s'en trouva à Paris.
L'afl'aire ne se passa pas sans bruit. Plusieurs magi-trats du grand conseil opinèrent contre avec beaucoup de lumière, de force et d'étendue, et ne s'étonnèrent point de quelques interruptions que leur fit le régent, auquel ils repondirent avec respect, mais encore avec plus de raisons et de nerf, et il fut avéré i)ar le compte des voix que la chose ne