ABBÉ DE DANGEAU
dignités de la cour d'Espagne qui surprennent au dernier point. Il essuya la grande opération de la fistule, dont il pensa mourir, et fut taillé d'une fort grosse pierre. Il a vécu depuis sans aucune incommodité de la première, et longues aanées , parfaitement guéri et sans aucune suie de l'autre. Deux ans avant sa mort, il fut taillé pour la seconde fois; la pierre n'éloit pas grosse, à peine eut-il quelques heures de fièvre; il fut guéri en un mois, et s'en est bien porté depuis. A la fin, le grand âge, et peut-être l'ennui de ne voir plus de cour ni de grand monde, termina sa vie par une maladie de peu de jours.
N'attendons pas le temps de la mort de l'abbé de Dangeau son frère, qui arriva le 1" janvier 1723, pour parler de lui tout de suite. Il naquit huguenot, il y persévéra plus longtemps que son frère, et je ne sais s'il y a jamais bien renoncé. Il avoit plus d'esprit que son aîné, et quoiqu'il eût assez de belles-lettres qu'il professa toute sa vie, il n'eut ni moins de fadeur ni moins de futilité que lui; il parvint de bonne heure à être des académies. Les bagatelles de l'orthographe et de ce qu'on entend par la matière des rudiments et du Despolère ' furent loccupation et le travail sérieux de toute sa vie '. Il eut plusieurs bénéfices, vit force gens de lettres et d'autre assez bonne compagnie, honnêie homme, bon et doux dans le commerce, et fort uni avec son frère. Il avoit été envoyé étant jeune en Pologne, et il avoit trouvé le moyen de se faire décorer d'un titre de camérier d'hoimeur par Clément X qu'il avoit connu en Pologne, non à Rome où il n'alla jamais, et de se le faire renouveler par Innocent XII; il avoit aussi acheté une des deux charges de lecteur du roi pour en conserver les entrées, et y venoit de temps en temps à la cour; il y étoit peu , n'y sortoit guère de chez son frère, et y avoit peu d'habitude.
Je ne sais de quoi M. le duc d'Orléans s'avisa de faire donner à M. son fils la grande maîtrise de Saint-Lazare. On lui fit sans doute accroire que cela donneroit des créatures à ce jeune prince. Ceux qui prenoientcet ordre si dégradé de biens et d'honneurs n'étoient pas pour lui en faire. Le régent ne m'en parla point, et la chose faite, je ne lui en dis rien non pins.
Le duc de Grammont mourut en même temps à Paris ', à près de quatre-vingts ans; il en est tant parlé ici à l'occasion de son étrange et second mariage, et de son ambassade en Espagne, qu'il n'y a rien à y ajouter. Il étoit frère cadet du célèbre comte de Guiche, qui a tant fait parler de lui, et fils et père des deux maréchaux de Grammont. Leur nom est Aure , connus par la possession de plusieurs fiefs et du vicomte
i. Despolère , ou pins correclpment Despaulère, avait composé une grammaire latine tloni on se servit longtemps dans les écoles. Le nom du grammairien seri ici à désigner la grammaire elle-iiiériie.
2. L'al)hé de Dangeau a laissé un grand nombre de manuscrits qui sont conservés à la lîili. imp. On y trouve des renseigncmeiUs curieux sur les diverses parties de l'adminislralion à l'époque de Louis XIV.
3. Anldine-C.liailes de GrammoiU, lui Graniunl, mourut le 25 octobre 1720. Le nom de celte maison de Béarn s'écrit plus correctement Gramonl, pour la distinguer des Grammont de Franche-Comté.