‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 285 sur 335 · JE REFUSE · texte numérisé non relu

JE REFUSE

qui que ce pût être que lui, M. le Duc. désirât davantage. Là-dessus. Millain se mit sur sou bien-dire, tai.i pour l'expilsion du maréchal de Villeroy que pour me cajoler, m'enivrer, s'il avoit pu, de louanges e1 de persuasions, sans avoir pu faire ni l'un ni l'autre. Je le priai d'aborc de témoigner à M. le Duc combien j'étois sensible à une si grande marque de son estime et de sa bienveillance, et que, si quelque chose, après la volonté de M. le duc d'Orléans et son service, me pouvoit tentet d'accepter la place de gouverneur du roi, [ce] seroit d'avoir à compter d'une éducation si importante avec un surintendant , non bâtard , mais prince du sang, et tel que M. le Duc; mais que je le suppliois de considérer toutes les raisons que j'avois alléguées à M. le duc d'Orléans, tant contre le déplacement du maréchal de Villeroy que contre le choix à faire de moi pour remplir sa place. Je les détaillai toutes à Millain, je n'oubliai ni force ni étendue , et je conclus par le prier de faire observer à M. le Duo que je méritois d'autant plus d'être cru . qu'il n'ignoroit pas que, si je m'opposois au déplacement du maréchal de Villeroy, ce û'étoit ni par estime ni par amitié, et que, si je tenois ferme au refus, ce n'étoit pas que je ne me sentisse tout l'honneur du choix des deux princes, et tout l'avantage et la considération que cette grande place, et si importante . apporteroit à moi et aux miens.

Millain, bien instruit par M. le Duc, qui m'aimoit depuis que je Pavois connu chez le chancelier de Pontchartrain , et qui , depuis le lit de justice des Tuileries, étoit demeuré dans l'habitude de suppléer, tant que cela se pouvoit , aux conférences entre M. le Duc et moi , contesta mes raisons plus de deux grosses heures sans me faire perdre une ligne de terrain. Les deux princes furent étonnés et fâchés de cette résistance, tous deux me le témoignèrent. La dispute recommença, M. le duc d'Orléans s'y prit de toutes les façons et à force reprises ; Millain m'assiégeoit sans cesse chez moi. Enfin, ils me déclarèrent qu'ils ne quitteroient point prise que je n'eusse accepté, et que cette lutte duraroit tant qu'il me plairoit. et jusqu'à ce que je la voulusse finir de la sorte : elle dura ainsi cinq semaines. J'en étois excédé, et eu même temps peiné de répondre si durement à l'amitié , à la confiance , à leur sentiment intime de la nécessité, surtout pour l'avenir si délicat et si important pour M. le duc d'Orléans. Ces considérations toutefois , quelque fortes qu'elles fussent, n'ébranlèrent aucune de mes raisons : elles ne faisoient qu'accroître mon malaise, et l'importunité que je recevois d'entendre et de répéter les mêmes raisons presque tous les jours.

A la fin je voulus terminer une contestation si journalière et si longue, et finir nar M'ilain pour finir avec plus de mesure et moins durement. Je dis donc à Millain que, sans me départir d'aucune des raisons que j'avois si souvent alléguées aux deux princes et à lui, tant contre le déplacement du maréchal de Villeroy que contre le choix à faire de moi pour remplir sa place auprès du roi, que je croyois péremptc-ires et sans réplique devant tout homme éclairé et indifférent, je lui en dirois une autre, à moi plus personnelle et plus intime, que j'avois expliquée à M. le duc d'Orléans, et qu'il falloit donc aussi que .M. le Duc sùl . puisqu'il me pressoit avec tant de force et de persévérance. C'étoit

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