MORT DE STANHOPE ET DE CRAGGS
d'esprit de génie et de ressources. Ils furent remplacés par Townsend et Carteret, deux grands ennemis de la France, indépendamment delà raison d'État. Un autre personnage singulier qui avoit fait grand bruit en son temps, les suivit de fort près, le docteur Sachewerell qui, par ses sermons sous la reine Anne , commença à attaquer le ministère et le système d'alors, qui ne vouloit que la guerre, dont la reine se défit après.
En même temps, il y eut aussi en ce pays-ci plusieurs morts : Huet, si connu de toutes sortes de savants, à quatre-vingt-huit ans, avec la tête encore entière et travaillant toujours. Sa science vaste et nette , et sa sage et sûre critique , avec de très-bonnes mœurs , l'avoient fait associer au célèbre Fléchier, depuis évêque de Nîmes , dans la place de sousprécepteur de Monseigneur. Huet eut ensuite l'évèché de Soissons. qu'il troqua pour celui d'Avranches avec Sillery, frère de Puysieux, qui se vouloit rapprocher de la cour. L'étude, qui étoit la passion dominante d'Huet , comme la fortune étoit celle de Sillery , le fit défaire enfin de son évêché d'Avranches pour une abbaye ; il se retira à Paris dans un appartement que lui donnèrent les jésuites , dans leur maison professe , pour y jouir à son aise de leur belle bibliothèque et de la conversation de leurs savants. Il y mourut après y avoir passé un grand nombre d'années, toujours dans l'étude, sans presque sortir, et menant une vie très-frugale. Il y voyoit beaucoup de savants, et n'avoit point d'autre plaisir ni de commerce.
La duchesse de Luynes à vingt-quatre ans, dont ce fut grand dommage, qui laissa des enfants et beaucoup de regrets. Elle étoit fille unique d'un bâtard obscur du dernier comte de Soissons, prince du sang, tué à la bataille de Sedan ou la MafTée. Mme de Nemours, irritée contre M. le prince de Conti et contre tous ses héritiers, fît légitimer ce bâtard, lui donna tout ce qu'elle put, qui fut immense, et lui fit, épouser la fille du maréchal duc de Luxembourg.
La duchesse de Sully à cinquante-six ans : elle étoit fille et nièce du duc et d'u cardinal de Coislin , la meilleure femme du monde , et qui seroit morte de faim sans son frère l'évêque de Metz. Sa mort ne démentit point son nom : il lui vint un abcès en lieu que la modestie ne lui permit pas de montrer à un chirurgien. Une femme de chambre la pansa quelque temps en cachette , puis expliqua le mal aux chirurgiens. Ce n'étoit rien s'ils eussent pu la traiter comme une autre : mais jamais personne ne put gagner cela sur elle. La femme de chambre disoit l'état du mal à travers la porte aux chirurgiens , et faisoit ce qu'ils lui prescrivoient ; mais cette manière de traiter par procureur la conduisit bientôt au tombeau. Elle étoit veuve sans enfants.
La duchesse de Brissac à soixante-trois ans. C'étoit une petite bossue, sœur de Vertamont, premier président du grand conseil, extrêmement riche , que le duc de Brissac, frère de la dernière maréchale de Villeroy, veuf sans enfants de ma sœur, avoit épousée pour son bien, qu'il mangea. Devenue veuve et parfaitement r\iinée, son frère la prit chez lui et lui donnoit jusqu'à des souliers. Elle avoit beaucoup de vertu , infinimeut d'esprit, de conversation agréable et de lecture. La duchesse de