‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 3 sur 335 · RAISONNEMENTS ET ORDRES · texte numérisé non relu

RAISONNEMENTS ET ORDRES

roit avec elle ; que le monde trouveroit très-étrange que je me chargeasse de cette ambassade, point d'oreilles à tout cela, et empressements si redoublés qu'il fallut céder.

Le voyage conclu, je lui demandai ses ordres. Il me dit que le tout ne consistoit qu'à lui dire le fait de sa part, et d'y ajouter précisémeni que . sans des preuves bien fortes contre son frère . il ne se seroit pas porté à cette extrémité. Je lui dis qu'il devoit s'attendre à tout de la douleur de sa femme, et en trouver tout bon dans ces premiers jours; iui ,ïiisser la liberté de Saint-Cload , de Bagnolet , de Paris , de Montmartre , de le voir ou de ne le point voir: se mettre en sa place et adoucir un si grand coup par toutes les complaisances et les attentions imaginables; donner lieu et plein champ aux caprices et aux fantaisies, et ne craindre point d'aller trop loin là-dessus. Il y entra avec amitié et compassion pour Mme la duchesse d"Orléans , sentant , et revenant souvent au travers qu'elle avoil si avant sur sa bâtardise , moi rompant la mesure , et disant qu'il n'étoit pas maintenant saison de le trouver mauvais. Je lui demandai aussi de ne point trouver mauvais ni étrange si Mme la duchesse d'Orléans, sachant ce que je lui portois, refusoil de me voir. Il me permit, en ce cas. de n'insister point, et me promit de ne s"en fâcher pas contre elle. Après ces précautions . de la dernière desquelles je méditois de faire usage . je le priai de me dire si , Madame étant à Saint- Cloud , il me chargeoit de la voir ou non. Il me remercia d'y avoir pensé, et me pria de lui rendre compte de sa part de toute sa matinée, et surtout me recommanda de revenir tout droit lui dire comment le tout se seroit passé. Je protestai encore de l'abus qu'il faisoit de mon obéissance , de ma juste répugnance . de mes raisons personnelles et particulières de résistance, des propos du monde auxquels il m'exposoit; et finalement je le quittai comblé de ses amitiés et de douleur de ce qu'il txigeoit de la mienne.

Sortant d'avec lui. je trouvai un page de Mme la duchesse d'Orléans, tout botté, qui arrivoit de Saint-Cloud. Je le priai d'y retourner sur-lechamp au galop, de dire en arrivant à la duchesse Sforze que j'y arrivois de la part de M. le duc d'Orléans: que je la suppliois que je la trou- ,vasse eu descendant de carrosse, et que je la pusse entretenir en particulier avant que je visse Mme la duchesse d'Orléans ni personne. Mon projet étoit de ne voir qu'elle, de la charger du paquet, sous couleur de plus de respect pour Mme la duchesse d'Orléans, de ne la point voir, puisque je m'étois assuré que M. le duc d'Orléans ne trouveroit pas mauvais qu'elle refusât de me voir, et de lui faire trouver bon à mon retour que j'en eusse usé de la sorte. Mais toute ma pauvre prudence fut confondue par celle du page , qui n'en eut pas moins que moi. Il se garda bien d'être porteur de telles nouvelles qu'il venoit d'apprendre au Palais-Royal , et qui étoient publiques partout. Il se contenta de dire que j'arrivois, envoyé par M. le duc d'Orléans, ne sonna mot à Mme Sforze, et disparut tout aussitôt. C'est ce que j'appris par la suite, et ce que je vis presque aussi clairement en arrivant à Saint-Cloud.

J'y étois allé au petit trot pour donner loisir au page d'arriver devant moi . et à la duchesse ?forze de me recevoir. Pendant le chemin , jo

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