CHAPITRE XXX
Le duc de Sully déclare son ir.ariage secret avec Mme de Vaux. — Leur caraclère. — Mcirl de Chamillarl ; raccourci de sa lorlune et de .son caraclére. — Mort d(î Desmarest ; abr(''j;é de son caraclùi'f. — Mort d'.\rgenson ; abrégé de son caractère. — Mort de Maupcrtuis; abrégé de son caractère. — Mort de Mezières ; son caractère. — Mort de Sérignan ; de l'abbé de Moruay ; son caracière et sa fortune. — Mort de l'abbé de Lyonne ; de liullion. — Le grand écuyer se sépare pour toujours de sa femme , qu'il renvoie au duc de Noailles , son père. — Breleuil, niailre des requêtes, ])révôt et raaitre des cérémonies de l'ordre. — La Houssaye, contrôleur général, en a le râpé. — Breteuil, frère du précédent, tué en duel par GravcUe. — Traité d'Angleterre, à sou mot', avec l'Espagne. — M. le duc d'Orléans me confie le traité fait du mariage du roi avec l'infante d'Espagne, et de sa fille avec le i)rince dos Asluries. — Conversation curieuse entre lui et moi là-dessus. — J'obtiens l'ambassade d'Es[)agne pour faire mon second (ils grand d'Espagne. — J'obtiens pour ma dernière belle-sœur l'abbaye de Saint-Amant de Rouen. — Audience de congé, caractère et traitement de l'ambassadeur turc. — Prince de Lixin fait grand maitre de Lorraine en épousant une fille de M. et de Mme de Craon. — Son caractère et sa fin, — Mariage du marquis de Villars avec une fille du duc de Noailles. — Caractère de celte dame. — Mariage du duc de Boutllers avec une fille du duc de Villeroy.
Le chevalier de Sully, devenu duc et pair par la mort, sans enfants, de son frère aîné, dont la veuve veiioit de mourir, étoit depuis bien des années amoureux de la fille de la fameuse Guyon , dont U a été parlé ici en son temps, qu'elle avoit mariée à de Vaux, fils aîné de l'infortuné surintendant Fouquet, dont elle étoit veuve sans enfants depuis plusieurs années. Il y avoit longtemps que la duchesse du Lude , veuve, riche, sans enfants, qui avoit été dame d'honneur de Mme la duchesse de Bourgogne , pressoit et faisoit presser le duc de Sully , fils de son frère , de se marier. Son attachement pour Mme de Vaux la désoloit. elle en craignoit la vile alliance qui par l'âge, plus encore par l'excessif embonpoint, ne promettoit pas d'enfants, qu'elle souhaitoit passionnément de voir à son neveu. Elle lui promettoit de lui donner tout son bien par un mariage sortable, et le raenaçoit de l'en priver, s'il poussoit à bout un attachement si disproportionné et apparemment stérile; mais l'atlaire en étoit faite dans le plus grand secret, pour ne pas révolter la duchesse du Lude, et couler ainsi le temps en écartant tous les mariages jusqu'à sa mort, que l'âge et une goutte continuelle laissoient voir peu éloignée. Ce manège dura si longtemps, qu'il les ennuya tous trois. Sully, plus attaché que jamais à celle qu'il avoit épousée , ne pouvoit plus user sa vie dans la contrainte de ce secret. L'épouse aimée l'y poussoit dans l'extrême désir du rang et de l'état qui seroit la suite nécessaire et immédiate de la déclaration du mariage. Enfin la duchesse du Lude , excédée de la fermeté de son neveu, à esquiver et à rejeter tous les mariages , aima mieux savoir