‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 318 sur 335 · Il a déjà été question de ce traité · texte numérisé non relu

Il a déjà été question de ce traité

[1721] mAlli D'Apir.LlîTTSBRF. 399

Ayant mis ainsi le couteau à la gorge de l'Espagne pour l'entière et l'énorme satisfaction des Anglois, ou plutôt pour celle de Dnboia, j'avoue que je ne comprends pas comment le traité du double mariage entre la France et l'Espagne put suivre si brusfjuement. Le secret en fut si entier qu'aucune puissance ni aucun particulier ne s'en douta. Depuis longtemps l'abbé Dubois avoit fermé la bouche à mon égard à son maître sur les afTaîres étrangères, et plus étroitement encore depuis ce que j'ai raconté ici il n'y a pas longtemps. Cela n'empêchoit pourtant pas qu'il n'en échappât toujours à M. le duc d'Orléans quelque bribe avec moi, mais avec peu de détail et de suite, et de mon côté je demeurois fort réservé. Étant allé les premiers jours de juin pour travailler avec M. le duc d'Orléans, je le trouvai qui se proraenoit seul dans son grand appartement. Dès qu'il me vit : « Ho çà! me dit-il me prenant par la main, je ne puis vous faire un secret de la chose du monde que je désirois et qui m'importoit le plus et qui vous fera la même joie; mais je vous demande le plus grand secret. » Puis, se mettant à rire : « Si M. de Cambrai savoit que je vous l'ai dit, il ne me le pardonneroit pas. » Toute suite il m'apprit sa réconciliation faite avec le roi et la reine d'Espagne; le mariage du roi et de l'infante, dès qu'elle seroit nubile, arrêté; et celui du prince des Asturies conclu avec Mlle de Chartres.

Si ma joie fut grande , mon étonnement la surpassa. M. le duc d'Orléans m'embrassa , et après les premières réflexions des avantages personnels pour lui d'une si grande affaire , et sur l'extrême convenance du mariage du roi, je lui demandai comment il avoit pu faire pour la faire réussir, surtout le mariage de sa fille. lime dit que tout cela s'étoit fait en un tourne-main, que l'abbé Dubois avoit le diable au corps pour les choses qu'il vouloit absolument; que le roi d'Espagne avoit été transporté que le roi son neveu demandât l'infante ; et que le mariage du prince des Asturies avoit été la condition sine qua non du mariage de l'infante qui avoit fait sauter le bâton au roi d'Espagne. Après nous être bien étendus et bien éjouis ' là-dessus, je lui dis qu'il falloit que le secret du mariage de sa fille fût entièrement gardé jusqu'au moment de son départ, et celui du mariage du roi jusqu'au moment où les années permettroient son exécution, pour empêcher la jalousie de toute l'Europe de cette réunion si grande et si étroite des deux branches de la maison royale , dont l'union avoit toujours été [sa] terreur , et la désunion l'objet de toute [sa] politique, à laquelle les souverains n'étoient que trop et trop longtemps parvenus, et dans la confiance de laquelle il les falloit laisser aussi longtemps qu'il seroit possible, l'infante surtout n'ayant que trois ans, car elle est née à Madrid le 30 mars 1718 /«.u matin . ce qui donnoit des années devant soi à laisser calmer les inqv'études de l'Europe sur le mariage de sa fille avec le prince des Asturies, qui, même par rapport à l'âge, se pouvoit un peu différer, le prwne étant de 1707 en août, ce qui ne faisoit que quatorze ans, et Mlle 4e Chartres, car elle avoit pris ce nom depuis la profession de Mme de

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