‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 75 sur 335 · Ô INGRATITUDE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

Ô INGRATITUDE DOMESTIQUE

qui étoit la seule consolation de la fin de son règne et de sa terrible domination, se trouva dans une réduction à la Flèche également nouvelle et insupportable.

Les jésuites, espions les uns des autres, et jaloux et envieux de ceux qui ont le secret , l'autorité et la considération qu'elle leur donne bien au-dessus des proviiiciaux et ties autres supérieurs . sont encore merveilleusement ingrats envers ceux mêmes qui , ayant été dans les premières places ou qui ayant servi leur compagnie avec le plus grand travail et le plus de succès , lui deviennent inutiles par leur âge ou par leurs infirmités. Ils les regardent alors avec mépris et bien loin des égards pour leur âge, leurs services et leur mérite, ils les laissent dans la plus triste solitude et leur plaignent tout jusqu'à la nourriture. J'en ai vu trois exemples de mes yeux dans trois jésuites, gens d'honneur et de grande piété , qui avoient eu les emplois de talents et de confiance , et à qui j'étois lié successivement d'une grande amitié. Le premier avoit été recteur de leur maison professe' à Paris, provincial de la même province, distingué par d'excellents livres de piété, plusieurs années assistant du général à Rome, à la mort duquel il revint à Paris, parce que leur usage est que le nou"eau général a aussi de nouveaux assistants. De retour à la maison professe à Paris à quatre-vingts ans et plus, ils le logèrent sous les tuiles au plus haut étage, dans la solitude, le mépris et le manquement. La direction avoit été la principale occupation des deux autres, dont l'un fut même proposé pour être confesseur de Mme la Dauphine, lui troisième, par les jésuites, quand le P. Le Comte fut renvoyé. Celui-là fut longtemps malade, dont il mourut. Il n'étoit pas nourri et je lui envoyai . plus de cinq mois, tous les jours . à dîner, parce que j'avois vu sa pitance, et jusqu'à ses remèdes, et qu'il ne put s'empêcher de m'avouer ce qu'il souffroit du traitement qu'on lui faisoit. Le dernier , fort vieux et fort infirme , n'eut pas un meilleur sort. A la fin, n'y pouvant plus résister, et me le laissant entendre, il me demanda retraite dans ma maison de Versailles , sous prétexte chez eux daller prendre l'air. Il y demeura plusieurs mois, et mourut au noviciat à Paris, quinze jours après qu'il y fut revenu. Tel est le sort de tous les jésuites sans exception des plus fameux, si on en excepte quelques-uns qui, ayant brillé à la cour et dans le monde par leurs sermons et leur mérite, et s'y étant fait beaucoup d'amis, comme les PP. Bourdaloue, La Rue, Gaillard, ont été garantis de la disgrâce générale, parce que, étant visités souvent par des personnes principales delà cour et de la ville, la politique ne permettoit pas de les traiter à l'ordinaire . de peur de faire crier tant de gens considérables qui s'en seroient bientôt aperçus, et qui ne l'auroient pas soufl'ert sans bruit et sans scandale.

^ . La maison professe des jésuiles élail située rue Saint-Antoine ; c'est aujourd'hui le lycée Charlemagne. On distinguait les maisons professes des collèges el des noviciats. Les premières étaient habitées par les jésuites profès. Ces relipieux faisaient, outre les trois vœux ordinaires de riiasleté, de pauvreté, d'obéissance, im vœu particulier d'obéir au pape en tout ce qui regarde le bleu des àmcs et la propagation de Li foi cLrétieime.

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C'est donc cet abandon , ce mépris et ce reproche tacite de tout soulagement qu'éprouva le P. Tellier à la Flèche quoiqu'il eût quatre mille livres de pension. Il avoit maltraité jusqu'aux jésuites. Aucun d'eux n'approchoit de lui qu'en tremblant du temps qu'il étoit confesseur; encore n'y avoit-il que quelques gros bonnets et en très-petit nombre. Les premiers supérieurs , qu'il gouvernoit à baguette , éprouvoient ses duretés , et tous sa domination , sans la moindre ouverture. Le général même fut réduit à ployer devant lui ce despotisme absolu qu'il exerce sur toute la compagnie et sur tous les jésuites en particulier. Tous, et ils me l'ont dit dans ces temps-là bien des fois , désapprouvoient la violence de sa conduite et en éloient fort alarmés pour la société ; tous le haïssoient comme on déteste un maître grossier, dur, inaccessible, plein de soi-même, qui se plaît à faire sentir son pouvoir et son mépris. Son exil et la conduite qui le lui attira leur fut un nouveau motif de dépit par le dévoilement des intrigues secrètes où ils avoient grande part et qu'ils avoient grand intérêt à cacher. Tout cela ensemble ne rendit pas au P. Tellier la retraite forcée de la Flèche agréable. Il y trouva des supérieurs et des confrères aigris qui , au lieu de la terreur générale qu'il avoit imposée aux jésuites mêmes, n'eurent plus que du mépris pour lui, et se plurent à le lui faire sentir. Ce roi de l'Église et en partie de l'État, en particulier de sa société, redevint un jésuite comme les autres, et sous ses supérieurs on peut juger quel enfer ce fut à un ûomme aussi impétueux et aussi accoutumé à une domination sans réplique et sans bornes et à en abuser en toutes façons. Aussi ne la fit-il pas longue. Ou n'entendit plus parler de lui depuis, et il mourut au bout de six mois qu'il fut à la Flèche.

Il parut une promotion de six lieutenants généraux et d'un grand aombre de maréchaux de camp et de brigadiers ; ce qui fit aussi de nouveaux colonels.

Le duc de Mortemart , piqué de ce que la lieutenance de roi vacante du Havre de Grâce ne fût pas donnée à celui pour qui il la demandoit , Tendit ce gouvernement au duc de Saint-Aignan. M. le duc d'Orléans donna l'abbaye de Bourgueil à l'abbé Dubois : dix mille livres de pension . en attendant un gouvernement, au vicomte de Beaune, à la sollicitation pressante de M. le Duc et de Mme sa mère , et une de vingt miUe livres au duc de Tresmes. Comme gouverneur de Paris , il avoit an jeu public dans une maison qu'il louoit pour cela, et dont il tiroit fort gros. Il l'avoit prétendu comme un droit depuis qu'il en avoit vu s'établir d'autres par licence, et quelques-uns, depuis la régence, pp.r permission. Ces jeux étoient devenus des coupe-gorges qui excitèrent tant de cris publics, qu'ils furent tous iléfendus, et celui du duc de Tresmes cornue les autres. Ce fut en dédommagement de ce jeu que la pension lui fut donnée. Il ne laissa pas de s'en introduire de temps en temps, mais plus modestement. Tout ayant changé de face sous le gouvernement de M. le Duc , premier ministre , Mme de Carignan , arrivée , ancrée , et point du tout oisive pour son intérêt , obtint un jeu à l'hôtel de Boissons , qui lui valut extrêmement. Sur cet exemple , le duc de Tresmes prétendit et obtint le rétablissement du sien. Le rara

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