‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 89 sur 335 · DU REGENT PAR DUBOIS · texte numérisé non relu

DU REGENT PAR DUBOIS

sur la distribution de leurs charges et gouvernemencs, et je lui avois bien déclaré que je ne voulois d'aucun de ces grands morceaux, ni même de leurs cascades, parce que je lui parlois là-dessus sans aucun intérêt.

Je ne songeai donc plus à percer les mystères du complot et des complices que l'abbé Dubois se réservoit à lui seul, ni les dispositions des prisonniers, dont Le Blanc ne me disoit que des riens souvent absurdes . parce qu'il ne lui étoit pas permis de me dire mieux; mais, après le retour du duc et de la duchesse du Maine en leur précédent état, je n'eus pas de peine à m'apercevoir, par l'amitié qu'ils ont toujours di:puis témoignée à Belle-Ile et à Le Blanc, qu'ils les avoient bien et efficacement servis , même auprès de l'abbé Dubois . dont ils avoient trèsbien suivi l'esprit et imité la politique. Elle réussit si bien que bientôt, c'est-à-dire au commencement d'avril, Mme la Princesse obtint que Mme du Maine, qui faisoit la malade, fût conduite de Dijon à Chalonsur-Saône, avec la permission de l'y aller voir.

On sut néanmoins en ce même temps par M. le duc d'Orléans , qui le rendit public , qu'il avoit quatre lettres au cardinal Albéroni du duc de Richelieu', dont trois étoient signées de lui, qu'il s'engageoit à livrer Rayonne, où son régiment et celui de Saillant étoient en garnison, pour quoi Saillant, qui étoit du complot, avoit été mis à la Baslille, et ijue le marché du duc de Richelieu étoit d'avoir le régiment des gardes. Le rare est que, quatre jours après ce récit public de M. le duc d'Orléans, auquel il ajouta que, si M. de Richelieu avoit quatre têtes, il avoit dans sa poche de quoi les l'aire couper toutes quatre, on donna à M. de Richelieu un de ses valets de chambre, des livres, un trictrac et une basse de viole, qu'il demanda. On se moqua dans le monde avec raison de Ja belle idée de deux jeunes colonels qui se crurent assez maîtres de leurs régiments , et leurs régiments assez maîtres de Bayonne , pour se figurer de pouvoir livrer cette place-. Qui m'auroit dit que, moins de dix ans après, je serois chevalier de l'ordre, en même promotion de huit que les deux fils du duc du Maine en princes du sang, M. de Richelieu, Cellamare et d'Alègre, m'auroit bien étonné^.

). Le martfuis d'Argensoa éciil à la date de mars J719, dans ses Mémoires manuscrits : a. Le duc de Richelieu éloil vérilaljlement coupable , quand on le lit mittre à la Baslille , environ ce temps-ci. Mon père (le g^ude des sceaux) fut cause de scin arrêt; i] s'en prit à lui t-t nous eu vouloit bien du mal. Cependant il est certain que ce duc avoit des liaisons avec l'Espagne. » Le marquis d'Argenson raconte ensuite une anecdote q\u se trouve dans les Mémoires imprimés, p. I !)2 [Mémoires du marquis d'Argenson) i vol. in-8, (825.)

2. L'abbé Dubois écrivait au maréchal de Berwick, le ^ " avril 1 7 1 9 : « Vous aurez été surpris sans doute d'apprendre, par le courrier que M. Le Blane a dû vous dépêcher hier, que M. le duc de Richelieu devoil livrt-r Bayonne aux Espagnols, et qu'il a été mis à la Bastille, où il n'est pas disconvenu de son inlelligenc(? avec Albéroni. » Le maréchal lui répondit le i~ avril : « Je n'ai ])oint été surpris de l'aventure de M. de Ricbelieu, dont la conduite, jusqu'à présent, n'a pas été d'un homme sensé. »

3. La promotion de chevaliers de l'ordre, à laquelle Saint-Simon fait allulion, eut lieu le !"■ janvier 1728; elle comprit les huit personnages suivants :

(jx CONDUITE ÉTRANGE [1719]

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