‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 91 sur 335 · DE LA DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

DE LA DUCHESSE DE BERRY

de Berry ne vouloit se contraindre sur rien : elle éioit indignée que le monde osât parler de ce qu'elle-même ne prenoit pas la peine de lui cacher, et toutefois elle étoit désolée de ce que sa conduite étoit connue. Elle étoit grosse de Rion , elle s'en cachoit tant qu'elle pouvoit. Mme de Mouchy étoit leur commode , quoique les choses à cet égard se passassent tambour battant. Rion et la Mouchy étoient amoureux l'un de l'autre, et vivoient avec toute sorte de privances et de facilité pour les avoir. Ils se moquoient ensemble de la princesse qui étoit leur dupe , et de qui ils tiroient de concert tout ce qu'ils pouvoient. En un mot, ils étoient les maîtres d'elle et de sa maison , et l'étoient avec insolence , jusque-là que M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans qui les connoissoient et les liaïssoient , les craignoient et les ménageoient. Mme de Saint-Simon, fort à l'abri de tout cela . extrêmement aimée et respectée de toute la maison , et respectée même de ce couple qui se faisoit tant redouter et compter, ne voyoit Mme la duchesse de Berry que pour les moments de représentation qu'elle arrivoit à Luxembourg, dont elle revenoit dès qu'elle étoit finie , et ignoroit parfaitement tout ce qu'il s'y passoit, quoiqu'elle en fût parfaitement instruite.

La gros.sesse vint à terme , et ce terme mal préparé par les soupers continuels fort arrosés de vins et de liqueurs les plus fortes devint orageux et promptement dangereux. Mme de Saint-Simon ne put éviter de s'y rendre assidue dès que le péril parut , mais jamais elle ne cùda aux instances de M. [le duc] et de Mme la duchesse d'Orléans et de toute la maison, ni pour y coucher dans l'appartement qu'on lui avoit tonjours réservé, et où elle ne mit jamais le pied, ni même pour y passer les journées , sous prétexte de venir se reposer chez elle. Elle trouva Mme la duchesse de Berry retranchée dans une petite chambre de son appartement, qui avoit des dégagements commodes et hors de portée, et qui que ce fût dans cette chambre que la Mouchy et Rion et une femme ou deux de garde-robe affidées. Le nécessaire au secours avoit les dégagements libres, M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans, Madame même n'entroient pas quand ils vouloient, à plus forte raison la dame d'honneur ni les autres dames , la première femme de chambre ni les médecins. Tout cela entroit de fois à autre, mais des instants. Un grand mal de tête ou le besoin de sommeil les faisoit souvent prier de vouloir bien ne point entrer , et quand ils entroient de s'en aller après quelques instants. Eux-mêmes, qui ne voyoient que trop de quoi il s'agissoit, ne se présentoient pas le plus souvent pour entrer , se contentoient de savoir des nouvelles par Mme de Mouchy qui entre-bàilloit à peine la porte , et ce manège ridicule qui se passoit devant la foule du Luxembourg, du Palais-Royal , et de beaucoup d'autres gens qui , par bienséance ou par curiosité venoient savoir des nouvelles , devint la conversation de tout le monde.

Le danger redoublant, Languet, célèbre curé de Saint-Sulpice , qui déjà s' étoit rendu assidu , parla des sacrements à M. le duc d'Orléans. La difficulté fut qu'il pût entrer pour les proposer à Mme la duchesse de Berry. Mais il s'en trouva bientôt une plus grande. C'est que le curé, en homme instruit de ses devoirs, déclara qu'il ne les administreroit

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