‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 1 sur 298 · Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; · texte numérisé non relu

Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;

M. le duc d'Orléans mène M. le duc de Chartres aux conseils de régence et de guerre , sans y opiner. — Entreprises du parlement. — Mort et dépouille de Simiane et du grand fauconnier des Marais. — Madame assiste scandaleusement à la thèse de l'abhé de Saint-Albin. — Ballet du roi, qui s'en dégoûte pour toujours. — M. [le duc] et Mme la duchesse de Lorraine à Paris. — Bassesse de courtisan du duc de Lorraine. — M. le duc et ensuite Mme la duchesse de Berry donnent une fête à M. et à Mme de Lorraine.

— Insolence de Magny punie; quel il éloit et ce qu'il devint. — M. de Lorraine va voir plaider à la grand'cliambre , puis la Bastille, et dîner chez le maréchal de Villeroy. — Objet et moyens du duc de Lorraine dans ce voyage. — Il est ennemi de ta France. — Ses demandes sans droit ni prétexte. — Ses lueurs mises au net par moi au régent. — Altesse Royale, pourquoi et quand accordée au duc de Savoie. — Le régent entraîné à tout accorder au duc de Lorraine. — Ses mesures pour l'exécution. — Caractère de Saini-Conlest, nommé pour faire le traité avec le duc de Lorraine, qui obtient un grand démembrement en Champagne en souveraineté, et le traitement d'Altesse Royale. — Misère du conseil de régence — Le ré.^ent tâche inutilement , par Saint-Contest et par lui-même, de vaincre ma résistance au traité ; vient enfin à me prier de m'absenter du conseil de régence le jour que ce traité y sera porté. — J'y consens. — Il m'en arriva de même lorsque le régent accorda le traitement de Majesté au roi de Danemark, et celui de Hautes Puissances aux états généraux des Provinces-Unies. — Le traité passe sans difficulté au conseil de régence ; est de même aussitôt après enregistré au parlement. — Départ de M. et de Mme de Lorraine. — Audacieuse conduite du duc de Lorraine, qui ne voit point le roi. — Le grand-duc [de Toscane] et le duc de Holstein-Gottorp , sur l'exemple du duc de Lorraine, prétendent aussi l'Altesse Royale, et ne l'obtiennent pas.

— Bagatelles entre M. le duc d'Orléans et moi, — Mme de Sabran ; quelle.

— Son bon mot au régent. — Conduite [du régent] avec ses maîtresses.

M. le duc d'Orléans, à l'insu de tout le monde, mena, le 30 janvier, M. son fils au conseil de régence, auquel il fit un petit compliment, et dit qu'il n'opineroit point, qu'il venoit seulement pour apprendre. Je n'ai point su qui lui donna ce conseil prématuré, qui n'a pas rendu grand fruit. Il le mena le lendemain au conseil de guerre. M. le Duc y faisoit une tracasserie au maréchal de Villars sur la liasse de ce conseil qu'il portoit au régent, lequel, par son goût pour les mezso-terminL' , régla qu'elle ne lui seroit plus portée, et qu'il iroit au conseil de

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s LE DUC DE CHARTRES AUX CONSEILS. [1718]

guerre tous les quinze jours où il lui seroit rendu compte de ce qui s'y seroit fait pendant la quinzaine.

11 envoya en ce même temps d'Effiatau premier président, donna des audiences au premier président seul, puis à lui et aux gens du roi ensemble; enfin, une le 7 février aux députés du parlement, qui , par la bouche du premier président attaquèrent fort les divers conseils, comme emharnissant et allongeant les aflaires, matière tort étrangère au parlement , où même elle avoit passé le jour de la régence. Ils ne laissèrent pas d'être traités plus que fort honnêtement.

Simiane, l'un des deux premiers gentilshommes de la charahre de M. le duc d'Orléans, mourut, et sa charge fut donnée à son frère. Il avoit eu à la mort de Grignan, son beau-père , l'unique 'ieulenance générale de Provence, de vingt-sept mille livres de renie, et un brevet de retenue de deux cent mille livres, et ne laissa point d'enfants. Un mois après elle fut donnée à Brancas , devenu longtemps après grand d'Espagne et maréchal de France , qui étoit de mes amis , et pour le fils duquel j'en obtins la survivance dans la suite. Des Marais, grand fauconnier, mourut en ce même temps jeune et obscur : on a vu en son lieu comment son fils enfant avoit eu sa survivance.

M. le duc d'Orléans avoit de la comédienne Florence un bâtard qu'il n'a jamais reconnu et à qui néanmoins il a fait une grande fortune dans l'Église. Il le faisoit appeler l'abbé de Saint-Albin. Madame, si ennemie des bâtards et de toute bâtardise, s'étoit prise d'amiiié pour celui-là avec tant de caprice, qu'à l'occasion d'une thèse qu'il soutint en Sorbonne, elle y donna le spectacle le plus scandaleux et le plus nouveau, et en lieu où jamais femme , si granae qu'elle pût être, n'étoit entrée ni ne l'avoit imaginé. Telle étoit la suite de cette princesse. Toute la cour et la ville fut invitée à la thèse et y afdua. Conflans , premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, en fit les honneurs, et tout s'y passa de ce côté-là comme si M. le duc de Chartres l'eût soutenue. Madame y alla en pompe, reçue et conduite à sa portière par le cardinal de Noailles, sa croix portée devant lui. Madame se plaça sur une estrade qu'on lui avoit préparée dans un fauteuil. Les cardinaux-évêques et tout ce qui y vint de distingué se placèrent sur des sièges à dos, au lieu de fauteuils. M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans furent les seuls qui n'y allèrent pas, et moi je n'y allai pas non plus. Cette singulière scène fit un grand bruit dans le monde; jamais M. le duc d'Orléans et moi ne nous en somrp 's parlé.

Le maréchal de Villeroy , adorateur du leu roi jusque dans les bagatelles et très-attentif à les faire imiter au roi de bonne heure, lui fit danser un ballet , plaisir qui n'étoit pas encore de son âge , et lui ôta pour toute sa vie, par celte précipitation, le goût des bals, des ballets , des spectacles et des fêtes , quoique ce divertissement eût tout le succès qu'on s'y pût proposer; mais le roi se trouva excédé de l'apprendre , d'essayer des habits , encore plus de le danser en public.

Le duc de Lorraine, tout tourné et dévoué qu'il fût à la cour de Vienne, n'étoit pas homme à négliger les avantages qu'il pourroit tirer

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