SES EFFORTS Y SONT INUTILES. [1V
en me disant qu'il vouloit que Saint-Contest vînt chez moi me rapporter l'affaire, que je la trouverois peut-être autre que je ne pensois, et que c'étoit une complaisance que je ne pouvois lui refuser. Te ne le pus en effet , et tout aussitôt après que j'y eus consenti il me parla d'autre chose.
Saint-Contest étoit fort de mes amis ; son père et son grand-père maternel, doyen du parlement, avoient toujours été fort attachés à mon père. Saint-Contest vint chez moi , rendez-vous pris. Il y passa depuis la sortie du dîner jusque dans le soir fort tard. Il y déploya tout son bien-dire en homme qui vouloit plaire à M. le duc d'Orléans et lui valoir ma conquête. Tout fut détaillé , expliqué , discuté , et le plus ou moins de valeur , et d'autres conséquences de ce qu'on donnoit en Champagne à incorporer pour toujours à la Lorraine en toute souveraineté. Je n'eus pas peine à reconnoître qu'il avoit ordre de ne rien oublier pour me gagner , et qu'en effet il y mit aussi tous ses talents. Mais son esprit , son adresse , son accortise , ses ambages et ses finesses y échouèrent au point qu'après avoir bien tout dit et répété de part et d'autre , moi avec plus d'étendue et de force que ce que je viens d'exposer , il ne put me donner aucune sorte de raison du démembrement en Champagne , ni du traitement d'Altesse Royale , autre que la qualité de beau-frère de M. le duc d'Orléans , qui se trouvoit régent et en état , par conséquent , de lui faire ces grâces. Il sourit à la fin, et par un dernier effort, espérant peut-être m'embarrasser , et par là venir à me réduire , il me demanda franchement ce que je voulois donc qu'il dît à M. le duc d'Orléans de notre conférence. « Tout ce que je viens de vous dire , répondis-je , que je ne suis ni si hardi ni si prodigue que lui à donner pour rien l'honneur du roi et la substance de l'État, qui lui en demandera compte; que c'est à lui à voir ce qu'il répondra lors, et en attendant comment il soutiendra le cri public et les discours de toute l'Europe ; que moi , plus timide et plus François, plus jaloux de l'intégrité de l'État et de la majesté royale , il ne me seroit pas reproché d'avoir consenti à un traité qui attaquoit l'un et l'autre de gaieté de cœur , unique par ses fondements en faveur du prince du monde qui , à toutes sortes de titres , en méritoit moins les grâces; que je m'y opposerois de toutes mes forces et de toutes mes raisons , quoique parfaitement convaincu que ce seroit en vain , mais uniquement pour l'acquit de ma conscience et de mon honneur, que j'y croirois autrement fortement engagés l'un et l'autre. » Saint-Contest, effrayé de ma fermeté, me demanda si je voulois sérieusement qu'il rapportât fidèlement au régent tout ce que je venois de lui dire. Je l'assurai qu'il le pouvoit , et que j'avois dit pis encore à M. le duc d'Orléans.
Saint-Contest s'en alla fort consterné et rendit compte à M. le duc d'Orléans de notre conférence. M. le duc d'Orléans m'envoya chercher, et fit encore des efforts pour gagner au moins ma complaisance. Voyant qu'il n'y pouvoit réussir, il me pria à la fin de ne me point trouver au consei^de régence, lorsque Saint-Contest y apporteroit ce traité. Je le lui promis avec grand soulagement, car mon avis ne l'auroit pas empêché de passer , et auroit fait du bruit et grand'peine à M. le duc d"ûr-