QUADRUPLE ALLIANCE SIGNÉE
entre l'empereur, la France, l'Angleterre et les États généraux; traité dans lequel on s'efforçoit inutilement de faire entrer le roi d'Espagne, et dont la négociation étoit le sujet de l'envci du sieur Nancré à Madrid de la part de la France , et de celui du comte de Stanhope de la part de l'Angleterre.
Mais pendant que l'ambassadeur d'Espagne se flattoit de tant de vaines espérances, le traité de la quadruple alliance négocié à Londres fut signé premièrement dans cette ville le 2 août , et ensuite à Vienne et à la Haye, le roi d'Espagne ayant refusé d'y entrer, nonobstant les vives instances qui lui en avoient été faites. Le prétexte de celte quadruple alliance étoit premièr-jment de réparer les troubles apportés , soit à la paix conclue à Bade en septembre 1714, soit à la neutralité d'Italie établie par le traité d'Utrecht en 1713. Une paix solide, bien affermie et soutenue par les principales puissances de l'Europe étoit le but que celles qui contractoient sembloient se proposer , et pour y parvenir , eues régloient entre elles non -seulement de quelle manière la France accompliroil parfaitement la démolition du port et des fortifications de Dunkerque promise par le traité d'Utrecht ; comment elle détruiroit le cardinal de Mardick dont l'Angleterre regardoit l'ouverture comme une infraction faite à ce même traité. On disposoit de plus de différents États souverains situés en Italie ; on donnoit des successeurs aux princes qui possédoient encore les mêmes États , lorsque ces possesseurs actuels viendroient à mourir -, en sorte que , suivant ces dispositions , nul des changements qui renouvellent ordinairement les guerres ne troubleroit désormais le repos de l'Europe. Mais ce grand objet du bien et de la tranquillité publique n'étoit pas le seul de tant de mesures prises en apparence pour en assurer le repos : un intérêt particulier et trop à découvert étoit le ressort de cette alliance.
Le régent, persuadé que, si malheureusement le roi encore enfant étoit enlevé aux désirs comme aux vœux que ses sujets formoient pour sa conservation , Son Altesse Royale auroit peine à faire valoir les renonciations exigées du roi d'Espagne, elle avoit jugé que le meilleur moyen d'en assurer la validité étoit de se préparer des défenseurs tels que le roi d'Angleterre et les États généraux pour soutenir la disposition faite à Utrecht pour le bien de la paix, mais contre toutes les lois et la constitution inviolable du royaume. Celles de la Grande-Bretagne n'avoient pas été moins violées en faveur de la maison de Hanovre, et le prince appelé en Angleterre au préjudice du roi légitime n'avoit pas moins à craindre une révolution qui le priveroit quelque jour , lui ou sa postérité , du trône qu'il avoit usurpé. Ainsi , l'intérêt réciproque unissant le roi d'Angleterre avec le régent , tous deux consentirent sans peine à garantir, l'un le maintien des renonciations du roi d'Espagne à la succession de France, l'autre l'ordre de succession à la couronne établi nouvellement en Angleterre au préjudice du véritable roi de la Grande-Bretagne et de ses héritiers légitimes. Ou peut ajouter à ces grands intérêts l'ambition du négociateur employé par M. le duc d'Orléans, qui de valet d'un docteur de Sorbonne étoit parvenu , par ses intrigues et ses fourberies, à devenir précepteur de ce prince, et que le