CONDUITE DU PARLEMENT DE BRETAGNE
de leur conduite. Il y arriva une députation du parlement de Bretagne chargée de remontrances au roi , sur le contenu desquelles ils disputèrent fort avec le garde des sceaux et envoyèrent un courrier à leur compagnie. Elle modéra les articles qui avoient causé l'envoi du courrier. Dans tout cet intervalle les gentilshommes bretons mandés et arrivés à Paris furent exilés. La conduite du parlement de Bretagne ayant paru plus respectueuse par la réforme de ses remontrances , le garde des sceaux se chargea de les port^^r au régent qui, ravi de trouver occasion de douceur, permit aux gentilshommes bretons exilés et au président et au conseiller mandés à Paris, qui y étoient toujours, de retourner chez eux, et il permit aux députés du parlement de Bretagne de faire la révérence au roi et de lui présenter les remontrances dont leur compagnie les avoit chargés. Tout cela ne fut pas plutôt exécuté, que le parlement de Bretagne fit de nouvelles entreprises à propos des quatre sous pour livre qu'on avoit remis sur les entrées, et que le président de Rochefort et le conseiller Lambilly, renvoyés à Rennes, à conditioa d'aller en arrivant voir le maréchal de Monlesquiou, qui coramandoit en Bretagne, n'y voulurent pas mettre le pied. Après quelque peu de patience, en espérance de les y réduire, et eux plus fermes que jamais, ils furent exilés, le président à Auch , le conseiller à Tulle. Cinq semaines après, Brillac fit aussi des siennes. Il étoit premier président du parlement de Bretagne. Sa mauvaise conduite l'avoit fait mander à Paris, où on le tenoil exprès depuis quelque temps à se morfondre. Voyant que cela ne finissoit point, il partit un beau jour et laissa une lettre pour le garde des sceaux , par laquelle il le prioit de recevoir ses excuses et de Us vouloir bien aussi porter à M. le duc d'Orléans de ce qu'il s'ea alloit à Rennes, où ses affaires domestiques l'appeloient , sans avoir pris congé. On lui dépêcha sur-le-champ une lettre de cachet par un courrier qui le rencontra à Dreux, d'où, suivant cet ordre, il prit le chemin d'une terre qu'il avoit en Poitou. On ne sut ce qui le pressoit de retourner en Bretagne, où il étoit également mal voulu et méprisé. Sa réputation avec de l'esprit et quelque capacité étoit plus qu'équivoque pour en parler modestement. Celle de sa femme ne l'étoit pas moins en autre genre. Elle étoit fort jolie , avoit de l'esprit, beaucoup d'intrigue, et avoit aspiré de parvenir à plaire au régent; je crois même qu'il en fut quelque chose, et rien de tout cela ne déplaisoit à Brillac qui savoit tirer parti de tout, et qui la laissa à Paris.
Breleuil, maître des requêtes, fils du conseiller d'État et neveu de l'introducteur des ambassadeurs, fut en ce temps-ci envoyé intendant de Limoges, une des moindres de toutes les inlemlances. Je le remarque ici p.'irce qu'il y trouva sa fortune , comme on le verra en son lieu.
Le garde des sceaux ne fut pas longtemps sans me tenir parole sur la conférence que je lui avois demandée avec le cardinal de Noailles. Tous deux vinrent chez moi un soir à rendez-vous pris. Nous fûmes longtemps tous trois ensemble. On ne peut mieux dire ni mieux parler que fit le cardinal. A la politesse près, on ne peut rien dire de plus mal que furent les propos coupés et embarrassés du garde des sceaux. J'y mis du mien tout ce que je me crus permis pour réohaufTer «a respectueuse