CHAPITRE DE DENAIN
Toulouse en tiers. Je trouvai M. le duc d'Orléans seui avec elle, à l'entrée de son petit jardin en dehors , où ils étoient assis auprès du fond de l'appartement; je m'y assis avec eux, et la conversation dura assez longtemps. Comme je voulus m'en aller, je priai M. le duc d'Orléans de me donner deux écus, avec un sérieux qui augmenta la surprise de la demande. Après m'être bien laissé faire des questions sur cette plaisanterie , moi toujours insistant que ce n'en étoit point une , que très-véritablement je lui demandois deux écus et que je ne croyois pas qu'il voulût me les refuser ; à la fin je lui dis l'état où ces deux chanoinesses étoient réduites par la longueur de leur séjour à Paris et la lenteur sans fin de leur rendre justice ; que de moi elles ne prendroient pas de l'argent , que de lui elles n'en feroient pas difficulté; que les deux écus que je lui demandois étoient pour les leur donner de sa part, afin qu'elles eussent au moins pour quelques jours à dîner de quelque gargote. Tous deux se mirent à rire, et moi de moraliser sur une situation si extrême pour ne vouloir pas décider et finir. Je m'en allai avec promesse plus satisfaisante que je n'en avois encore pu tirer; j'eus soin d'en presser l'efïet. Au bout d'un mois j'eus l'expédition de ce que le chapitre demandoit , une gratification honnête aux deux chanoinesses pour les sortir de Paris et les reconduire chez elles , et leur fis faire leur payement. Je n'ai jamais vu deux filles si aises ni plus reconnoissantes ; je leur contai ce sarcasme des deux écus qui avoient enfin terminé leur affaire, dont elles rirent de bon cœur. J'eus de grands remercîments de l'abbesseet du chapitre, et tous les ans une lettre de souvenir des deux chanoinesses tant qu'elles ont vécu. Revenons maintenant à des choses plus sérieuses.