‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 211 sur 298 · M. LE DUC PROPOSE LA RÉDUCTION · texte numérisé non relu

M. LE DUC PROPOSE LA RÉDUCTION

laisser dépouiller. Après cela, monsieur, continuai-je avec moins de chaleur mais avec autant de force , vous devez croire que je suis vivement pénétré de ces raisons et du bien de l'État pour persévérer dans l'avis dont je suis, qu'il ne faut pas toucher à M. du Maine. Vous me faites l'honneur de me parler avec confiance, je vous en dois au moins une pareille ; comptez que je sens très-bien que le rang des bâtards est inaltérable tant que l'éducation demeure à M. du Maine, et qu'en la lui étant ce rang ne peut subsister. Pour cela il ne faut point de crime, il ne faut que juger un procès intenté par notre requête, présentée en corps au roi et au régent lors de votre procès. Il ne seroit donc pas sage de ne le pas faire en ôtant l'éducation, et ce seroit les laisser trop grands et trop respectables par leur extérieur; or, je veux bien vous avouer que ma passion la plus vive et la plus chère est celle de ma dignité et de mon rang , ma fortune ne va que bien loin après , et je la sacrifierois et présente et future avec transport de joie pour quelque rétablissement de ma dignité. Rien ne l'a tant et si profondément avilie que les bâtards, rien ne me toucheroit tant que de les précéder. Je le leur ai dit en face , et à Mme d'Orlécns et à ses frères , non pas une fois, mais plusieurs fois , et du vivant du feu roi , et depuis ; personne ne nous a tant procuré d'horreurs que M. du Maine par l'affaire du bonnet; il n'y a donc personne dont j'aie un plus vif désir de me venger que de lui; quand donc j'étouffe tous ces sentiments pour le soutenir, il faut que le bien de l'État me paroisse bien évident et bien fort, et je ne sais point pour moi d'argument plus démonstratif à vous faire. »

M. le Duc, qui m'avoit écouté avec une extrême attention, en fut effectivement frappé et demeura quelques moments en silence ; puis d'un ton doux et ferme, que je crains infiniment en affaires, parce qu'il marque que le parti est pris , et qu'il ne dépend d'aucun obstacle , lorsqu'il suit tous ceux qu'on a montrés, me dit: a Monsieur, je conçois très-bien toutes les difficultés que vous faites , et je conviens qu'elles sont grandes ; mais il y en a deux autres qui me semblent à moi incomparablement plus grandes de l'autre côté : l'une , que M. le duc d'Orléans et moi sommes perdus à la majorité, si l'éducation demeure à M. du Maine jusqu'alors ; l'autre , qu'elle lui demeurera certainement , si à l'occasion présente elle ne lui est ôtée. Ajustez cela tout comme il vous plaira, mais voilà le fait : car de me fier à ce que M. le duc d'Orléans me promettra , c'est un panneau où je ne donnerai plus , et de me jouer à être perdu dans quatre ans, c'est ce que je ne ferai jamais. — Mais la guerre civile, lui repartis-je. — La guerre civile, me répliqua-t-il , voici ce que j'en crois : M. du Maine sera sage ou il ne le sera pas. De cela on s'en apercevra bientôt en le suivant de près. S'il est sage, comme je le crois, point de troubles. S'il ne l'est pas , plus de difficulté à le dépouiller. — Mais son frère, interrorapis-je, dont le gouvernement est demi-soulevé , s'il s'y jette? — Non, me dit-il, il est trop honnête homme, il n'en fera rien. Mais il le faudra observer et l'empêcher d'y aller. — En l'arrêtant donc? ajoutai-je. — Bien entendu, me dit-il, et alors il n'y a pas d'autre, et il le méritera, car il faut commencer par le lui défendre. — Mais, monsieur, lui diS'je , sentez-vous où cela vous conduit? Â pousser dan»

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la révolte forcée et dans le précipice d'autrui un homme adoré et adorable par son équité, sa vertu, son amour pour TÉlat, son éloignement des folles vues de son frère , dans le soutien duquel il se perdra par honneur, comme vous avez vu qu'il s'est donné tout entier à leur procès contre vous , bien qu'il en sentît tout le foible, et qu'il en eût toujours désapprouvé l'engagement. Je vous avoue que l'estime que j'ai conçue pour lui depuis la mort du roi est telle qu'elle a gagné mon affection, et ce dont je m'émerveille, qu'elle a eu la force d'émousser l'ardeur de mon rang à son égard. Vous, qui êtes son neveu, et dont il a pris soin à votre première entrée dans le monde, n'êtes-vous point touché de sa considération? — Moi, me dit-il, j'aime M. le comte de Toulouse de tout mon cœur, je donnerois toutes choses pour le sauver de là. Mais quand c'est nécessité, et qu'il y va de ma perte et de troubler l'État.... Car enfin, monsieur, me laisserai-je écraser dans quatre ans; et en verrai-je quatre ans durant la perspective tranquillement? Mettez-vous en ma place : troubles pour troubles, il y en aura moins à présent qu'en différant, parce qu'ils croîtront toujours en considération et en cabales, et peut-être , comme je le crois , n'y en aura-t-il point du tout à cette heure. Eh bien ! que pensez-vous de tout ceci , et à quoi vous arrêtez-vous? » Je voulus lui donner le temps de la réflexion par une parenthèse, et à moi qui le voyois hors d'espérance de démordre. Je voulus aussi le sonder sur ce qui nous regardoit. Je lui dis que je pensois qu'il avoit fait une grande faute lors de son affaire avec les bâtards, de n'avoir point voulu nous mettre à la suite des princes du sang; que quelque différence qu'il y eût d'eux à nous, un tel accompagnement eût bien embarrassé le régent , et l'eût forcé à remettre les bâtards en leur rang de pairie; que par cela seul ils étoient perdus, et qu'alors la disposition publique du monde, et celle du parlement en particulier, étoit d'y applaudir; mais qu'il avoit pris une fausse idée que nous savions bien, et que nous n'ignorions pas qui nous avoit perdus, qui est de mettre un rang intermédiaire entre les princes du sang et nous; que cette faute étoit grossière , en ce que jamais nous ne pouvions nous égaler aux princes du sang, au lieu que tout rang intermédiaire se parangonnoit à eux ', comme ils l'avoient vu arriver par degrés, presque en tout, de MM. de Vendôme, et en tout sans exception, des bâtards et bâtardeaux du feu roi , même depuis leur habilité à la couronne retranchée. Il en convint très-franchement , et il ajouta qu'il étoit prêt de réparer cette faute ; que son amitié pour le comte de Toulouse duquel je lui parlois tout à l'heure , en avoit été un peu cause , mais qu'il coosentiroit à présent à leur réduction entière à leur rang de pairie. Il me dit, de plus, qu'il ne me feroit point de finesse . qu'il en avoit parlé au régent sans s'en soucier, mais comme d'une facilité ; et que, pour la lui donner tout entière, il avoit proposé trois parties différentes : ]• ôler l'éducation; 2* le rang intermédiaire; 3" réduction à celui de l'ancienneté de la pairie, et tout autre rang retranché: que .M. le duc d'Orléans lui avoit demandé des projets d'édits et de déclaration, qu'il les avoil

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