‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 247 sur 298 · DE MA CONVERSATION AVEC M. LE DUC · texte numérisé non relu

DE MA CONVERSATION AVEC M. LE DUC

M. le Duc sentoit mieux que lui la conséquence de nous avoir tous puur amis, et de réparer par là le mal qu'il nous avnit fait; qu'il n'ignoroil p:is que Son Altesse Royale avoit eu la bonté , lors de son procès avec les b.ltards, de se décharger sur lui de toute notre haine; qu'il désiroit la faire cesser, d'autant plus qu'il sentoit maintenant l'illusion et la faute du rang intermédiaire; qu'il. lui demandcroit expressément la réduction des bâtards au rang d'ancienneté de leurs pairies, et que nous verrions alors jusqu'où Son Altesse Royale pousseroit .« i mauvaise volonté à notre égard : que , pour moi , je lui avouois que j'étois tous les jours étonné de moi-même de ce que je pouvois le voir , lui parler , lui demeurer attaché , avec la rage que j'aurois dans le cœur contre tout autre qui nous auroit traités comme il avoit fait; que c'étoit le fruit de trente années d'habitude et d'amitié, dont je m'émerveillois tous les jours de ma vie; mais qu'il ne falloit pas qu'il jugeât du cœur des autres par le mien à son égard . qui n'étoient pas retenus par les mêmes prestiges, et qu'il avoit grand besoin de se rattacher.

Je me tus alors et m'attachai moins à écouter sa réponse qu'à examiner à son visage l'efTet d'un discours si sincère, et qui , pour en dire la vérité . auroit pu l'être davantage. Je le vis rêveur et triste , la tête basse , et comme un homme flottant entre ses remords et sa foiblesse , et en qui même sa foiblesse combattoit de part et d'autre. Je ne voulus pas le presser pour lui donner lieu de sentir une sorte d'indignation qui auroit usurpé un autre nom avec un autre homme, et que j'estimai qui feroit une plus forte impression sur lui que plus de paroles et de véliémence. Néanmoins, le voyant toujours pensif et taciturne un temps assez long : ff Eh bien! monsieur, lui dis-je, nous égorgerez-vons encore, et màîlgré M. le Duc? » Il se prit ;\ sourire, et répondit d'un air flatteur qu'il n'en avoit pas du tout envia; qu'il verroit si M. le Duc le vouloil tout de bon . et que. cela étant, il le feroit : « Je n'en suis point eu peine, repris-je, si vous tenez parole; car vous verrez ce que M. le Duc vous dira. Mais le ferez-vous? — Oui assurément, reparlit-il; je vous dis que j'en ai envie , et que je l'eusse fait dès l'autre fois sans lui , et je le ferai celle-ci s'il le veut. » Je craignis l'échappatoire, mais je ne voulus pas le pousser plus loin. Je répondis que c'étoit ce qu'il pouvoit faire de plus sage et de plus de son intérêt, et je tournai sur le comte de Toulouse.

Je lui déduis ma pensée , mon projet , mes raisons. Il les approuva toutes et parce qu'elles éloient bonnes, et parce, encore plus, que cela le déc>iargeoil de la moitié de la besogne. Après je m'avantageai d'une proposition qui nous ôloit la moitié de notre rétablissement, et lui fis honte qu'il eût besoin de la demande de M. le Duc pour nous faire une justice reconnue telle par lui-même et de son intérêt . tandis que je m'élûis si fortement opposé au mien le plus cher sur le duc du Maine pour l'amour de l'Êlal, que je ne revendii]uois que bur ce qu'il n'y pouvoit plus nuire dès que M. du Maine perdoit l'éducation , et tandis encore que je proposois moi-même de conserver le rang au comte de Toulouse par la même considération du repos du royaume. 11 ne put désavouer des vérités ai présentes, que je ne crus pas devoir presser davau*

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