LES INCONVÉNIENTS MÉCANIQUES
Il eut bien de la peine à se contenter des trois marclies qu'ils dévoient avoir ; c'est une grippe , pour user de ce mauvais mot , que je n'ai jamais pu démêler en lui. En le quittant , je lui dis encore un mot de la réduction des bâ4ards au rang de leur pairie. Il me la promit, mais ma déliance me lit élever la voix et lui répondre : a Monsieur, vous n'en ferez rien , et vous vous en repentirez toute votre vie , comme vous vous repentez de n'avoir pas culbuté les bâtards à la mort du roi. » Il éloil déjà à la porte de son grand cabinet pour l'ouvrir, et je gagnai les petits pour m'en revenir chez moi dîner.
Au sortir de table j'eus avis d'une cabale du duc du Maine et de plusieurs du parlement, prête à éclater, pour déclarer le roi majeur, et former immédiatement sous Sa Majesté un conseil de leurs confidents et de quelques membres du parlement, dont le duc du Maine seroil chef. Cela me parut insensé , parce que toutes les lois y résistoient , ainsi que l'usage et le bon sens. Mais les menées de tous ces gens-là, l'aversion, le mépris de la foiblesse du régent, dont on n'avoit pris une idée que trop juste ; le manteau du bien public par rapport aux choses de finance, la frayeur du duc du Maine, l'audace eiïrénée de son épouse, et son eitrènie hardiesse, la terreur du maréchal de Villeroy, leurs intrigues avec le prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne et le cardinal Albéroni , lié de tout temps avec le duc du Maine par le feu duc de Vendôme son maître, et toujours cultivé depuis; le grand mot du comte de Toulouse à M. le duc d'Orléans sur son frère; tout cela me parut pouvoir donner de la solidité à ce qui n'en pouvoit avoir par nature, et dans le cours ordinaire. Je le mandai par un billet au régent, et demeurai tout le jour chez moi avec le duc d'Humières et Louville , barricadé pour tout ce qui n'éloit point du secret.
Entre quatre et cinq de l'après-dînée , on m'avertit que M. le Duc sortoit de ma porte, où il avoit fait beaucoup d'instances pour entrer, et qu'il étoit allé chez le duc de La Force, fort près de chez moi. J'avois demandé le matin au régent la permission de confier au duc de La Force ce qui regardoit les bâtards, dont jusqu'alors il n'avoit pas su un mot, parce que j'en avois besoin pour dresser la déclaration en faveur du comte de Toulouse, et je compris que M. le Duc, ne m'ayant pu voir, étoit allé raisonner avec lui sur le lit de justice. J'envoyai aussitôt à l'hôtel de La Force dire à M. le Duc que je ne m'étois pas attendu à l'honneur de sa visite, et s'il avoit agréable de me faire celui de revenir. Il arriva sur-le-champ. J'avois grande curiosité de ce qui pouvoit l'amener. Je lui fis mes excuses de la clôture de ma porte, où rafl"aire présente me tenoit, et où ne devinant point qu'il pourroit venir, je ne l'avois point excepté comme les autres du secret, et deux ou trois autres mes intimes amis, pour qui elle n'éloit jamais fermée, de peur de donner inutilement à penser à mes gens. Après cela je lui demandai des nouvelles.
H me dit, avec la politesse d'un particulier, qu'il venoil me rendre compte de ce qu'il avoit fait avec Son Altesse Royale, à qui il avoit demandé la réduction des bâtards au rang de leurs pairies, comme l'éducation , et qu'il l'espéroit ; mais qu'il venoit aussi envoyé par elle, sur la