BON MAINTIEN DU RÉGENT
examiner. Un moment après M. le duc d'Orléans entra d'un air gai, libre , sans aucune émotion , qui regarda la compagnie d'un air souriant : cela me fut d'un bon augure. Un moment après je lui demandai de ses nouvelles. Il me répondit tout haut qu'il étoit assez bien; puis, s'approchant de mon oreille, il ajouta que, hors les réveils qui avoient été fréquents pour les ordres , il avoit très-bien dormi et qu'il venoit élibéré de ne point mollir. Cela me plut infiniment, car il me sembla, à son maintien , qu'il me disoit vrai et je l'y exhortai en deux paroles.
Vint après M. le Duc , qui ne tarda pas à s'approcher de moi et à me demander si j'augurois bien du régent et qu'il fût ferme. Celui-ci avoit an air de gaieté haute qui se faisoit un peu sentir à qui étoit au fait. Le prince de Conti, morosif, distrait, envieux de son beau-frère, ne pa- ?oissoit qu'occupé , mais de rien. Le duc de Noailles dévoroit tout des yeux et les avoit étincelants de colère de se voir au parterre dans un si grand jour, car il ne savoit chose quelconque. Je l'avois ainsi demandé à M. le Duc expressément , croyant leur liaison plus grande que je ne la trouvai. Il en pensoit avec défiance, sans estime, encore moins d'amitié , indépendamment de ce qu'il y avoit nouvellement à craindre de lui avec M. du Maine.
Celui-ci parut à son tour en manteau , et entra par la petite porte du roi. Jamais il ne fit tant et de si profondes révérences , quoiqu'il n'en fût pas avare , et se tint seul perché sur son bâton , près de la table du conseil, du côté des lits, considérant tout le monde. Ce fut là, où, de vis-à-vis de lui , la table entre deux , je lui tirai la plus riante révérence que je lui eusse faite de ma vie, avec la plus sensible volupté. Il me la rendit pareille et continua d'observer chacun avec des yeux tirant au fixe, un visage agité, partant tout seul presque toujours.
Presque personne ne se demandoit qu'est-ce que c'étoit que tout cela; tous savoient la résolution prise de casser les arrêts du parlement pour avoir assisté à cette délibération. Ce conseil étoit l'extraordinaire , indiqué, puis remis, pour y voir l'arrêt du conseil en cassation. Il fut donc clair à tous que c'étoit ce qu'on alloit voir pour le faire enregistrer tout de suite, non peut-être sans peine d'un lit de justice de surprise, surtout pour quelques-uns qui se croient privilégiés auprès du régent. M. le Duc revint encore à moi assez de suite me témoigner sa peine de voir là le duc du Maine en manteau et pour m'exhorter à fortifier M. le duc d'Orléans , puis le garde des sceaux vint à moi pour la même chose. Un moment après M. le duc d'Orléans m'en vint parler , assez empêché de ce manteau, mais sans témoigner de foiblesse. Je lui représentai que je lui avois toujours dit qu'il devoit s'y attendre ; que mollir seroit sa perte: que le Rubicon étoit passé. J'ajoutai ce que je pus de plus fort et de plus concis pour le soutenir et pour ne paroître pas aussi trop longtemps en conférence avec lui. Aussitôt que je me fus séparé de lui, M. le Duc impatient et inquiet me vint demander en quelle disposition d'esprit étoit le régent. Je lui dis bonne , en mouosyDabe , et l'envoyai l'y entretenir.
Je ne sais si ces mouvements , sur lesquels chacun commençoit d'avoir les yeux, effarouchèrent le duc du Maine; mais à peine M. le Duc eut-