‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 3 sur 298 · LA DUCHESSE DE BERRY LEUR DONNE UNE FETE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE BERRY LEUR DONNE UNE FETE

eut toujours beaucoup de dames aux soupers avec elle chez Mme la duchesse d'Orléans.

Le jeudi 24 février, le roi fut au Palais-Royal voir Mme la duche-se de Lorraine. M. de Lorraine, qui n'oublioit rien pour plaire au régent et pour en obtenir ce qu'il se proposoit, lui demanda pour le chevalier d'Orléans la lieutenance générale de Provence. Cela ne déplut pas au régent, mais il répondit, qu'il avoit d'autres vues.

Le samedi 26 février , il y eut un banquet superbe à l'hôtel de Condé pour M. [le duc] et Mme la duchesse de Lorraine. M. le Duc y avoit invité grand nombre de dames , qui toutes furent extrêmement parées et Mme de Lorraine aussi. Il y eut beaucoup de tables , toutes magnifiquement servies en gras et en maigre. Ce fut une nouveauté que ce mélange , qui fit quelque bruit. On se masqua après souper.

Le lundi 28 février, Mme la duchesse de Berry donna le soir à M. [le duc] et à Mme la duchesse de Lorraine la plus splendide et la plus complète fête qu'il fût possible en toute espèce de magnificence et de goût. Mme de Saint-Simon, qui l'ordonna toute et qui en fit les honneurs, eut tout l'honneur que de telles bagatelles peuvent apporter parle goût, le choix , l'ordre admirable avec lequel tout fut exécuté. Il y eut une table de cent vingt-cinq couverts pour les dames conviées, toutes superbement parées , et pas une en deuil , et une autre de pareil nombre de couverts pour les hommes invités. Les ambassadeurs , qui le furent tous, ne s'y voulurent pas trouver, parce qu'ils prétendirent manger à la table où seroient les princes du sang, lesquels mangèrent avec le duc de Lorraine, tous sans rang, à la table des dames où étoit Mme la duchesse de Berry , fille de France , avec qui les ambassadeurs ne pouvoient pas manger, ni, pour en dire la vérité, M. de Lorraine non plus sous son incognito , mais qui y mangea pourtant sans difficulté. Le palais de Luxembourg étoit admirablement illuminé en dedans et en dehors.

Le souper fut précédé d'une musique et suivi d'un bal en masque , où il n'y eut de confusion que lorsque Mme la duchesse de Berry et Mme de Lorraine en voulurent, pour s'en divertir. Tout Paris y entra masqué. Mlle de Valois ne se trouva point au souper, mais au bal seulement : je n'en ai point su ni deviné la raison. Trois ou quatre personnes non invitées et non faites pour l'être se fourrèrent hardiment à la table des hommes. Saumery , premier maître d'hôtel de Mme la duchesse de Berry , leur en dit son avis , par son ordre , au sortir de table. Ils ne répondirent rien et s'écoulèrent , excepté Magny , qui dit tant d'insolences que Saumery le prit à la cravate pour le conduire à Mme la duchesse de Berry, jet l'eût exécuté, si Magny n'eût trouvé moyen de s'en dépêtrer, et de ^se sauver hors du Luxembourg dans la ville, où le lendemain il continua à débiter force sottises.

Il étoit fils unique de Foucault , conseiller d'État ' , qui s'étoit élevé

^. Nlcolns- Joseph Foucault, donl il est ici question, avait été intendant dans les généralités de Pau, de Cahors, de Poilicrs et de Caen. Il a laissé un journal où il retrace son adminisivation de 1CG8 à 1709. Ce journal inédit fait

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