‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 43 sur 298 · CELLAMARE SE TROMPE GROSSIÈREMENT · texte numérisé non relu

CELLAMARE SE TROMPE GROSSIÈREMENT

maréchal d'Huxelles et la partie la plus judicieuse du ministère raisonnoient selon lui avec plus de justesse, et trouvoient que le roi avoit grand intérêt de s'opposer aux ambitieux desseins des Allemands, quoiqu'il ne dût recourir à la force qu'après avoir tenté tous les moyens possibles de parvenir à un accommodement raisonnable.

Je me suis toujours étonné qu'un homme d'autant d'esprit, de perspicacité, d'application que Cellamare, et qui n'étoit pas nouvellement arrivé , assez mêlé de plus dans la bonne compagnie , et qui savoit en profiter, se trompât si lourdement dans ces conjectures et dans ce qu'il croyoit avoir pénétré. Le mystère toutefois n'étoit pas difficile. L'intérêt particulier ne dominoit point le régent qui vouloit et alloit sincèrement au bien de l'État; mais il l'étoit par l'abbé Dubois, qui l'avoit infatué de bonne heure de l'Angleterre , aidé du duc de Noailles et de Canillac dans les commencements, qui tous trois avoient stylé Stairs à lui parler d'un ton à lui imposer , lequel en avoit su si bien profiter qu'il en abusa sans cesse , et réduisit en assez peu de temps le régent à le craindre , et à n'oser , pour ainsi dire , branler devant lui , appuyé de plus en plus, et conduit par l'abbé Dubois à mesure qu'il croissoit lui-même. Dubois , qui ne se soucioit ni de l'État ni de son maître que pour sa fortune , et qui de grand matin , comme on l'a vu , ne l'avoit espérée que par l'Angleterre , la voyoit par là en grand train , et nulle espérance par ailleurs. Il avoit ainsi repris son ancien ascendant sur M. le duc d'Orléans; cet ascendant se fortifloit sans cesse par le commerce d'aflaires qu'il tiroit tout à se»; , mais qu'il ne pouvoit embler que relativement à celles d'Angleterre. L'esprit, les raisons, le bon sens emportoient quelquefois le régent d'un autre côté, mais pour des moments. Un propos de Stairs, qui se faisoit jour chez lui avec audace, et qui étoit informé à point de l'intérieur par les valets affidés à Dubois , une dépêche de cet abbé renversoient à l'instant les idées que le régent avoit prises , et l'attachoient de nouveau à l'Angleterre. C'étoit l'unique cause du changement que Cellamare cherchoit à démêler. Le maréchal de Villars ne fut jamais Anglois, mais toujours Espagnol. D'ailleurs, c'étoit l'homme du monde que le régent consultoit le moins , et qui , pour en dire le vrai , méritoit moins de l'être , par son incapacité en atTaires et la légèreté de son sens. Bro^lio n'étoit plus de rien depuis ses deux projets dont j'ai parlé , et dont M. le duc d'Orléans se repentit toujours. Broglio , retombé au bas étage des roués, fut encore trop heureux d'y être soufleri, et n'en remonta plus. Cette remarque suffit pour éclaircir bien des choses sur les affaires étrangères , dont il faut reprendre le cours.

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