LE PAPE REFUSE LES BULLES À ALBÉRONI
celui des ennemis de Son Altesse Royale grossissoit par les négociations qu'elle faisoit avec les étrangers. Sur ce fondement, il ne cessoit d'empoisonner 'oui ce qui se passoit en France, et de porter le pape à tout ce qu'il pouvoit de plus violent sur les allaires de la constitution.
Le pape, continuant de penser qu'il ne pouvojt apaiser l'empereur qu'en se montrant irrité contre l'Espagne, voulut le paroître exlrèmement contre les ministres du roi d'Espagne, qui se portoient, disoit-il, contre l'autorité ecclésiastique et contre celle du saint-siège. Le roi d'Espagne ayant nommé le cardinal Albéroni à l'archevêché de Séville, Sa Sainteté se porta à un plus grand éclat. Elle lui en refusa les bulles, et lui fit dire qu'elle les lui auroil accordées, si, dans le temps qu'elle étoil sur le point de les proposer au consistoire, elle n'eût appris que révéqae de Vich et un autre avoient été chassés violemment de leurs diocèses par ordre du roi d'Espagne. Oe frivole prétexte ne trompa personne; tout le monde pénétra aisément le vrai motif du refus. Il n'y eut que les Impériaux qui ne voulurent pas en convenir; mais les plaintes du pape nrent peu d'effet à Madrid. Albéroni insista sur les raisons que le roi d'Espagne avoit eues de ne pas répondre au bref du 2h août, parccqu'il n'auroit pu le faire qu'en termes amers, et à peu près dans le sens que le public s'étoit expliqué sur cette pièce quand il l'avoit vue dans les gazettes. Ce cardinal prétendoit même avoir rendu un grand service au pape d'avoir gardé ce bref entre ses mains, parce qu'il ne pouvoit produire qu'un effet pernicieux. Il s'applaulissoit par avance de l'obligation que Rome lui avoit de ne s'être pas laissé endormir par les pièges des Impériaux , et de ce que le roi d'Espagne seroit incessamment maître de l'Italie; mais il exhortoit en vain !e pape et les princes d'Italie à profiter, par l'union, la force et le c . ge, des desseins trop déclarés de l'empereur par ses dernières réponses au nonce de Vienne.
Le duc de Parme, le plus foible et le plus menacé de tous, et qui s'étoit attiré la colère de l'empereur par le mariage de la reine d'Espagne et par les offices qu'il avoit rendus pour la promotion d'Albéroni à Rome, désiroit d'être secouru d'argent, pour mettre au moins Plaisance hors d'insulte. Son minis.re étoit maître absolu en Espagne; il lui devoit les commencements de cette fortune, et beaucoup encore sur son cardinalat. Il paroissoit avoir en vue les intérêts de son premier maître: il suivoit ses maximes, et pensoit comme l'ui qu'il étoit impossible que l'Italie fût tranquille tant que les Allemands y conserveroient une seule place. Sur ce fondemeiit, il trailoit de verbiages et d'illusoire le plan proposé à Londres. Il disoit qu'il n'étoit pas étonné de voir le roi d'Angleterre agir sous main en faveur de l'empereur, parce que depuis longtemps les engaî^ements publics et secrets de l'électeur de Hanovre avec la maison d'Autriche étoient parfaitement connus; mais qu'il étoit difficile de comprendre que le régent, sensible à l'honneur, aimant la gloire et connoissant ses véritables intérêts, prît des partis si opposés à des considérations si puissantes, qu'il choisît des routes si dangereuses pour lui, et que, se laissant aller à des conseils de gens qui ne soiigeoient qu';\ leurs propres intérêts, il fermât les yeux à ses propres lumières pour se laisser couduirs dans le précipice. Le cardinal assu-
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roit que , loin de réussir par de telles routes , le régent verroit la guerre civile allumée dans le sein de la France. Ce présage alors ne paroissoit fondé que sur le génie des François, portés à se faire la guerre entre eux quand ils ne sont pas occupés par des guerres étrangères; et comme la crainte d'engager le royaume dans une guerre nouvelle avec les étrangers étoit l'unique motif qui avoit obligé Son Altesse Royale à travailler aux moyens de ménager la paix entre l'empereur et l'Espagne , Albéroni, loin d'approuver cette crainte juste mais peu conforme à ses idées, la traitoit de terreur panique et s'épuisoit en raisonnements. Il croyoit intimider le roi d'Angleterre par la fermentation qui régnoit chez lui, et se savoit gré d'avoir menacé Bubb, à Madrid, de donner de puissants secours au Prétendant. Il vouloit engager le régent à parler sur le même ton à Georges. Il disoit que , s'unissant au roi d'Espagne , il lui feroit dépenser bien des millions en Italie, qu'il garderoit certainement pour des occasions plus éloignées , si son Altesse Royale s'amusoit encore à des négociations frivoles , comme il paroissoit par le départ prochain de Nancré pour se rendre à Madrid. En même temps, il tâchoit de faire répandre que, sur l'article des négociations pour la paix, il n'étoit pas maître de l'esprit du roi d'Espagne; que non-seulement là-dessus, mais en beaucoup de choses qui ne regardoient que des affaires particulières, il avoit fort à le ménager et à compter avec lui.
Ces discours modestes d'Albéroni ne firent nulle impression à Paris ni à Londres; on étoit persuadé, parce que lui-même l'avoit dit plusieurs fois, qu'en grandes comme en petites choses il disposoit absolument de la volonté du roi d'Espagne. L'opinion en étoit confirmée par les ordres que recevoient les minisires d'Espagne et par la manière dont ils expliquoient les intentions du roi leur maître. Cellamare ne parloit que de tirer la France de sa léthargie. Il employoit auprès du régent Monti, nouvellement arrivé d'Espagne , qu'on croyoit fort avant dans la confidence d'Albéroni. Il ne s'agissoit point de négocier sur aucun plan de paix, de changer ou de modérer les conditions d'un traité. Les vues, et tous les discours de Cellamare au régent n'alloient qu'à le convaincre de la nécessité d'une union inaltérable entre la France et l'Espagne , et de ne pas compter que les insinuations ni les offices des médiateurs détournassent les Allemands des projets qu'ils pourroient faire pour troubler le repos de l'Italie. Le régent convenoit de tous les avantages de l'union des deux branches de la maison royale. Il ajoutoit même que, si les offices étoient inutiles, la France emploieroit ses forces pour empêcher un mal que la persuasion n'auioit pu détourner. Cellamare ne se reposoit pas sur de pareilles assurances. Il les trouvoit contredites par la conduite de l'abbé Dubois, qui agissoit seul à Londies sans aucun concert avec Monteléon, en sorte que le roi d'Espagne ne recevoil ni de Paris ni de Londres aucune communication de ce qui se passoit à Londres par rapport à ses intérêts. Cellamare faisoil les mêmes plaintes pour lui-même, et jugeoil de ce silence que les réponses que l'empereur avoit faites ne pouvoient être acceptées en Espagne, et que le voyage de Nancré, qu'on pressoit de partir pour Madrid , seroit inutile. Le régent l'assura cependant qu'il ordonneroit à