‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 54 sur 298 · BILLET DE L'ABBÉ DUBOIS A ALBÉRONI · texte numérisé non relu

BILLET DE L'ABBÉ DUBOIS A ALBÉRONI

moyen d'éviter tant de maux étoit de terminer les différends entre l'empereur et l'Espagne de manière que le roi d'Espagne pût être satisfait, et que la négociation entreprise à Londres eût un heureux succès. Il employoit les espérances et les menaces. Quelquefois il promettoit que, si l'empereur se rendoit trop difficile, le roi d'Angleterre se croiroit dégagé de toute garantie; il disoit la même chose si les refus venoient de la part du roi d'Espagne. Stanhope cependant avoit l'adresse de faire voir un penchant particulier pour l'Espagne ; ou bien Monteléon vouloit le faire croire à Madrid, soit pour se faire un mérite d'avoir su gagner un des principaux ministres de Georges, soit pour donner plus de poids aux insinuations qu'il faisoit de temps en temps au cardinal Albéroni, mais toujours en tremblant, pour le porter à la paix. Il étoit persuadé que ce cardinal ne la désiroit pas, dont la preuve étoit le silence qu'il gardoit à son égard, à lui qui étoit le seul ministre du roi d'Espagne à portée de veiller à la négociation , et de ménager les intérêts du roi son maître. Il falloit pour y réussir qu'il fût instruit de ses intentions, et il les ignoroit absolument; en sorte que Stanhope le pressant pour savoir enfin ce que Sa Majesté Catholique deroandoit, il étoit obligé de répondre en termes généraux , et de se servir de son esprit pour cacher le peu de confiance que sa cour avoit en lui. Il étoit instruit néanmoins de ce qui se passoit, mais par Stanhope et par Dubois. Cet abbé l'assuroit que le régent communiqueroit tout au roi d'Espagne; que c'étoit le principal objet de la mission de Nancré; qu'il agiroit à Madrid d'un parfait concert avec Albéroni; et que, jusqu'à ce qu'il sût par lui les intentions du roi d'Espagne, le régent différeroit de consentir au projet qui lui étoit proposé par les Anglois. Voulant donner à Monteléon une preuve de la confiance qu'il prenoit en lui, il lui dit qu'il reconnoissoit en tout la partialité des ministres hanovriens et des Anglois de leur parti pour la cour de Vienne; qu'il remarquoit qu'ils oublioient souvent leurs intérêts pour favoriser celui de l'empereur. Il excitoit Monteléon à redoubler ses assiduités auprès de Stanhope, pour animer davantage son penchant pour l'Espagne. Désirant disposer Albéroni favorablement pour Nancré, il pria l'ambassadeur d'en écrire à ce premier ministre en termes qui le disposassent favorablement pour la négociation, et le prévinssent en faveur dM négociateur. Il parut même qu'il craignit de s'en rapportera lui, car il lui envoya par Chavigny le modèle du billet qu'il le pria d'écrire à Madrid, et pour plus de sûreté, de lui en renvoyer la minute. Ce billet étoit conçu dans les termes suivants :

a L'abbé Dubois, que je sais de bonne part s'intéresser à votre gloire particulière, conjure V. E. de bien peser ce que le sieur de Nancré lui dira , et de ne perdre pas cette occasion de réunir la France , l'Angleterre et la Hollande avec l'Espagne, contre l'empereur, ce qui arrivera infailliblement si elle donne les mains à ce que ces trois puissances lui proposeront, soit qu'ensuite l'empereur l'accepte ou qu'il le refuse. »

Malgré c^s précav 'ions prudentes, Albéroni sut que le billet n'étoit pas du st le de Monteléon . que l'abbé Dubois l'avoil dicté, et cependant n'en fit pas grand cas. Peut-être Monteléon lui-même eut-il quelque part au peu d'impression que firent les protestations de l'abbé Dubois;

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