‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 56 sur 298 · RÉPONSE DES MINISTRES DE SICILE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DES MINISTRES DE SICILE

communication. L'envoyé fit en cette occasion les protestations que tout ministre croit être du goût de son maître en pareille conjoncture. Il dit que jamais ce prince ne pliercit pour quelque raison que ce pût être quand il s'agiroit de son honneur, de son avantage, de celui de sa maison; que, plutôt que d'y souffrir volontairement le moindre préjudice, il s'exposeroit à toute sorte de péril; que, s'il y succomboit, la honte de sa perte toraberoit entièrement sur les garants des derniers traités. Provane employoit moins de paroles , mais il parloit plus fortement à Paris que La Pérouse ne parloit à Londres; car il laissoit entendre que , si son maître manquoit de forces ou de volonté , et ne défendoit pas pied à pied la Sicile , et s'il n'employoit pas pour la conserver tous les moyens que suggère un cas désespéré , il pourroit bien songer à des échanges très-douloureux pour la France. Un tel discours n'avoit pas besoin d'explications, car il étoit aisé d'entendre que l'échange qu'il vouloit faire craindre étoit celui des États de Piémont et de Monlferrat, que le roi de Sicile céderoit à l'empereur pour avoir de lui le royaume de Naples à joindre à la Sicile. Cellamare appuyoit les menaces indirectes de Provane. Il se plaignoit qu'il ne trouvoit que léthargie dans le gouvernement. Il réitéroit souvent et vivement ses sollicitations , mais il trouvoit que tout le monde crioit à la paix , et que personne n'appuyoit alors les propositions de l'Espagne.

Peterborough , nouvellement sorti des prisons du pape , vint à Paris dans ces circonstances. Cellamare ne manqua pas de le voir, et crut ne pouvoir mieux employer son éloquence qu'à le persuader que l'Angleterre devoit éviter avec soin de rompre avec l'Espagne. Peterborough convint de tout ce que lui dit Cellamare, il lui promit même de soutenir fortement les intérêts de l'Espagne quand il seroit en Angleterre. Il ne se contraignit point sur les sujets qu'il avoit de se plaindre de la cour de Vienne ; mais Cellamare s'aperçut cependant qu'il battoit la campagne, et qu'il y avoit aussi peu de fondement à faire sur ses raisonnements que sur ses promesses. Comme il perdoit peu à peu l'espérance d'interrompre le cours et d'empêcher le succès de la négociation de Londres , il crut devoir faire de nouveaux efforts en France pour détourner le régent de la suivre. Il représenta que le voyage de Nancré étoit inutile , que ses propositions seroient mal reçues. Il confioit à ses amis que l'air que la cour de Madrid respiioit n'étoit que de guerre. Monti , qui en arrivoit nouvellement , parla en même sens au régent. Il lui répondit qu'il avoit nouvellement combattu pour procurer au roi d'Espagne les conditions meilleures et les plus avantageuses, et qu'il ne falloit pas exposer au hasard d'une guerre ce qu'on pouvoit obtenir par un traité.

Albéroni raisonnoit différemment. Le duc de Parme lui représentoit souvent qu'il ne falloit pas se laisser endormir par les Impériaux, et le persuadoit aisément que, si l'Espagne leur doiinoit le temps de s'établir en Italie, ils le feroient de manière que bientôt ils se trouveroient maîtres d'exécuter toutes les résoiulions violentes qu'il leur plairoit de prendre. Ce raisonnement étoit depuis longtemps celui d'Albéroni, et, ^our engager la France à s'y conformer, il disoit qu'elle suivoit une po-

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litique non- seulement fausse , mais pernicieuse , même mortelle , en regardant comme un acte de prudence et d'habileté d'éviter de prendre les armes hors les cas de nécessité forcée. Il s'étendoit en raisonnements fondés sur ses désirs, tout au plus sur ses espérances, qu'il prétendoit appuyées sur des secrets dont lui seul avoit la connoissance. Ces secrets étoient ses anciennes chimères de l'éloigaement de la paix des Turcs, de celui de la nation angloise de perdre son commerce qui ne permettroit pas au roi d'Angleterre de rompre avec l'Espagne, de la jalousie secrète des Hollandois qui verroient sans se remuer, même avec joie, attaquer et humilier l'empereur. C'étoit avec quoi il ne se rebutoit point de vouloir persuader au régent de prendre les armes et de s'unir à l'Espagne et au roi de Sicile avec lequel pourtant il n'étoit rien moins que d'accord. Il vouloit cependant faire en sorte, par la France, pour que la haine du refus des propositions de paix ne tombât pas sur l'Espagne, mais sur les Impériaux. Il ne trouvoit aucune sûreté pour les garnisons espagnoles à mettre dans les États de Toscane et de Parme contre l'enlèvement que les troupes de l'empereur en pourroient faire d'un moment à l'autre. Il s'écrioit contre la violence qu'on vouloit exercer contre des princes vivants et possédant justement leurs États, tels que le grandduc qui avoit un fils, le duc de Parme surtout, beau-père et oncle de la reine d'Espagne, lequel avoit un frère qui pouvoit avoir des enfants, et qu'on vouloit amuser et repaître de visions éloignées , et laisser cependant les Allemands si bien prendre leurs mesures qu'ils feroient échouer d'autres projets plus raisonnables et plus capables de maintenir l'équilibre de l'Europe. Tous ces langages furent tenus au régent par Cellamare, qui eut ordre de lui faire voir la lettre d'Albéroni, et par Monti son ami de confiance, chargés tous deux de n'oublier rien pour arracher le régent à la négociation de Londres et l'unir à l'Espagne et au roi de Sicile, duquel ils prétendirent èire sûrs.

Albéroni, persuadé qu'il falloit marquer beaucoup de fermeté et de confiance en ses forces pour intimider, envoya ordre à Moriteléon de s'expliquer beaucoup plus clairement qu'il n'avoit fait sur la destination de l'escadre angloise. Ainsi cet ambassadeur déclara que, si elle passoit dans la Méditerranée, il parliroit sur-le-champ et retourneroit en Espagne , parce que le roi son maître regirderoit cette démarche comme un premier acte d'hostilité do la part du roi d'Angleterre. Monteléon eut ordre d'instruire les membres du parlement, particulièrement les intéressés en la compagnie de l'Asiento. des ordres qu"il avoit reçus, et de leur dire nettement qu'après tout ce que le roi d'Espagne avoit fait pour le roi Georges et pour la nation angloise en des temps critiques, il avoit lieu d'attendre plus de reconnoissance de leur part: qu'il auroit au moins dû compter sur leur indifférence; qu'il vouloit enfiu connoîlre ceux qui seroient ses amis ou ses ennemis, et pour mettre l'épée à la main s'il éioit nécessaire. Enfin, comme s'il y eût eu lieu de douter de l'exactitude de Monteléon et de le soupçonner de timidité et d'intérêt capable de le retenir ou de le ralentir, il reçut de nouveaux ordres trèspositifs de parler sans crainte et sans incertitude, et d'autant plus clairement que le roi d'Espagne savoit tiu'on faisoit à Naples el à Lisbonne Saiht-Simon X. t»

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