AVIS DE CELLAMARE
de l'Angleterre, et à recevoir la loi d'elle et de l'empereur. Toutefois les ministres anglois trouvoient plus de difficuUé qu'ils ne se l'étoient figuré à persuader les provinces, surtout celle de Hollande, et particulièrement les villes d'Amsterdam et de Rotterdam, d'entrer dans le traité de la quadruple alliance. Elles espéroient que, si l'Angleterre rompoit enfin avec l'Espagne, elles profiteroient de cette rupture pour faire ensuite plus avantageusement le commerce d'Espagne et des Indes. Elles craignoient en même temps de perdre ce commerce si nécessaire, si la république prenoit des liaisons , et si elle entroit dans un projet désngréable au roi catholique. La province de Frise, et ensuite celle de Giieldre, moins touchées de l'intérêt du commerce, et plus accoutumées à suivre et à seconder les vues des Anglois , résolurent les premières d'entrer dans le traité.
Si cette démarche donna de nouvelles espérances aux ministres d'Angleterre , elle n'ébranla pas le roi d'Espagne. Le nombre des puissances prêtes à signer l'alliance augmentoit. Il se formoit, par conséquent, autant d'ennemis nouveaux prêts à se déclarer contre l'Espagne, sous prétexte qu'elle seule s'opposoit au bien commun de l'Europe , en s'opposant à la paix générale. Nonobstant le péril dont le roi catholique paroissoit menacé, il rejeta avec hauteur le projet entier du traité que Nancré avoit eu enfin ordre de lui confier. Plusieurs conditions de ce projet furent traitées, sous le nom du roi et de la reine d'Espagne, de propositions violentes , injustes , impraticables et pernicieuses. On eut soin de répandre que Leurs Majestés Catholiques en avoient été scandalisées et irritées. Cellamare eut ordre non-seulement de s'en plaindre, mais il lui fut enjoint en termes exprès de jeter les hauts cris aussi bien sur les propositions que sur la manière artificieuse dont elle avoient été faites. Il exécuta sans peine un tel ordre , et ne se contraignit pas en déclamant contre les erreurs du gouvernement. Toutefois il crut apercevoir au travers de tout le fiel dont les lettres de la cour d'Espagne étoient pleines , qu'elle ne s'éloigneroit pas d'avaler la pilule , si elle étoit, disoit-il, mieux dorée et présentée en forme plus civile-, mais quelque parti que cette cour voulût prendre, Cellamare conseilloit de ne pas se relâcher sur les préparatifs de la guerre et de la marine , persuadé que le moyen le plus sûr de réussir en toute négociation étoit de traiter les armes à la main.