‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 214 sur 348 · HONNEURS CIVILS ET MILITAIRES · texte numérisé non relu

HONNEURS CIVILS ET MILITAIRES

t(>ment. Tous les chanoines étoient en place. On connoît la dignité et les ricliesses de cette première église d'Espagne; j'en parlerai ailleurs.

Je remets aussi en son temps à expliquer la cérémonie du baptême lie l'infant don Philippe, où tous les grands et grandes, leurs fils aînés et b(;lles-filles , furent invités , et les plus près du roi et de la cérémonie. Je me contenterai ici de remarquer qu'ils eurent le dégoût, et qui fit du bruit et de grandes plaintes, d'y porteries honneurs, qui ne le dévoient être que par les majordomes.

Ils ont partout les honneurs civils , c'est-à-dire ce que nous appelons en France le vin , les présents et les compliments des villes et des notables. Us ont le canon, la garde et tous les honneurs militaires, la première visite des vice-rois et capitaines généraux des armées et des provinces, et la main chez eux pour une seule fois, s'ils sont officiers ou sujets du pays où le vice-roi commande, chez lequel ils conservent d'autres sortes de distinctions sur les autres seigneurs des mêmes pays non grands, et servent suivant leur grade militaire. J'ai expliqué cela plus haut, ainsi que les honneurs qu'ils ont chez le pape, pareils à ceux des souverains d'Italie , et dans Rome , semblables en tout aux distinctions des deux princes du Soglio, qui eux-mêmes sont grands.

Le rang , qui s'est peu à peu introduit en France tel que nous l'y voyons, de prince étranger, soit en faveur des cadets de maisons souveraines , soit en faveur de maisons de seigneurs françois qui l'ont obtenu pièce à pièce, est entièrement inconnu en Espagne aussi bien que dans tous les autres pays de l'Europe, qui ont des premières dignités et des charges qui répondent à nos offices de la couronne. Il n'y a donc de rang en Espagne que celui des cardinaux, des ambassadeurs et des grands d'Espagne, celui du chef ou du président du conseil de Castille étant une chose tout à fait à part , quoique supérieur à tous. On a vu ci-dessus des princes de maison souveraine attachés au service d'Espagne , faits grands pour leur vie. C'étoit le seul moyen de leur donner un rang dont ils ont joui sans jamais avoir prétendu aucune distinction particuliè.e ni quoi que ce soit parmi les autres grands. Ceux-ci se sont soutenus avec le même avantage à l'égard des souverains qui ont été à Madrid, même des ducs de Savoie. Ceux-là, à la vérité, ne furent pas faits grands, aussi n'avoient-ils pas à y demeurer, mais ils n'en précédèrent aucun, et n'osèrent se trouver avec eux. Le seul fils de Savoie, qui fut depuis le célèbre duc Charles-Emmanuel, y eut quelque distinction, mais ce ne fut qu'après que son mariage fut arrêté avec l'infante, et en cette considération; encore ces distinctions au-dessus des grands furent-elles assez médiocres. Du prince de Galles . qui fut depuis l'infortuné Charles I"'. on n'en parle pas : l'héritier présomptif et direct de la couronne de la Grande-Bretagne est au-dessus de toutes les règles. La comtesse de Soissons , mère du fameux prince Eugène , ne put jamais paroître en public à Madrid , ni voir la reine que dans le dernier particulier malgré sa faveur , ses manèges et ses privances , qui à la fin aboutirent à l'empoisonner, et à s'enfuir pour éviter le supplice dû à son crime. Lorsque le prince et la princesse d'Harcourt accompagnèrent la même reine en Espagne, ils n'y purent obtenir aucun rang, parce que

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