‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence;Chapitre 229 sur 348 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Mort du lui Jacques II d'Angleterre. — Le ])rince de Galles, son fils, reconnu roi d'.\ngleterre par le roi, et par le roi d'Espagne et ie pape. — Visites sur la mort du roi Jacques II. — Voyage de Fontainebleau. — Jacques lll reconnu par Philippe V; effet de ces reconnoissances : signature de la

316 MORT -Dh JACQUES II. [1701]

grande alliance contre la France el l'Espagne. — Mouvement à Naples. — Vice-rois changés. — Louville à Fontainebleau pour le voyage du roi d'Espagne en Italie. — Étrange emportement de M. le Duc contre son ami le comte de Fiesqne. — La Feuillade; son caractère; son mariage avec une fille de Chamillart. — Fagon taillé. — Harcourt de retour d'Espagne. — Méan, doyen de Liège , son frère, et leurs papiers enlevés, et enfermés à Namur. — Mort de Bissy ; sa prophétie sur son fils, depuis cardinal. — , Mort de M. de Moniespan. — Hardiesse de son fils. — Duc de Montforl [ capitaine des chevau-légers par la démission du duc de Chevreuse.

Le voyage du roi d'Angleterre lui avoit peu réussi, et il ne traîna depuis qu'une vie languissante. Depuis la mi-août, elle s'affoiblit de plus en plus , et , vers le 8 septembre , il tomba dans un état de paralysie et d'autres maux à n'en laisser rien espérer. Le roi, Mme de Maintenoii , toutes les personnes royales le visitèrent souvent. Il reçut les derniers sacrements avec une piété qui répondit à l'édification de sa vie, et on n'attendoit plus que sa mort à tous les instants. Dans cette conjoncture , le roi prit une résolution plus di;-;ne de la générosité de Louis XII et de François I" que de sa sagesse. Il alla de Marly , où il étoit, à Saint- Germain, le mardi 13 septembre. Le roi d'Angleterre étoit si mal que, lorsqu'on lui annonça le roi , à peine ouvrit-il les yeux un moment. Le roi lui dit qu'il étoit venu l'assurer qu'il pouvoit mourir en repos sur le prince de Galles, et qu'il le reconnoîtroit roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Le peu d'Anglois qui se trouvèrent présents se jetèrent à ses genoux , mais le roi d'Angleterre ne donna pas signe de vie. Aussitôt après le roi passa chez la reine d'Angleterre, à qui il donna la même assurance. Ils envoyèrent chercher le prince de Galles, à qui ils le dirent. On peut juger de la reconnoissance et des expressions de la mère et du fils. Revenu à Marly , le roi déclara à toute la cour ce qu'il venoit de faire. Ce ne fut qu'applaudissements et que louanges.

Le champ en étoit beau, mais les réflexions ne furent pas moins promptes, si elles furent moins publiques. Le roi espéroit toujours que sa conduite si mesurée en Flandre , le renvoi des garnisons hollandoises l'inaction de ses troupes, lorsqu'elles pouvoient tout envahir, et que rien n'y étoit en état de s'opposer à elles , retiendroient la Hollande et l'Angleterre , dont la première étoit si parfaitement dépendante , de rompre en faveur de la maison d'Autriche. G'étoit alors pousser cette espérance bien loin; mais le roi s'en flattoit encore, et par là de terminer bientôt la guerre d'Italie , et toute l'aflTaire de la succession d'Espagne et de ses vastes dépendances, que l'empereur ne pouvoit disputer avec ses seules forces, et celles même de l'empire. Rien n'étoit donc plus contradictoire à cette position, et à la reconnoissance qu'il avoit solennellement laite , à la paix de Ryswick , du prince d'Orange comme roi d'Angleterre , et que jusqu'alors il n'avoit pas moins solennellement exécutée. G'étoit offenser sa personne par l'endroit le plus sensible , et toute l'Angleterre avec lui , et la Hollande à sa suite ; c'étoit montrer le peu de fond qu'ils avoient à faire sur ce traité de paix , leur donner beau jeu à rassembler avec eux tous les princes qui y avoient contracté sous leur alliance , et de rompre ouvertement sur leur propre fait , indépen-

Page 1