CHAMILLY
Les dix nouveaux furent :
MM. de Chamilly , lieuienanx général en 1678.
Estréesfils', — — 1684.
Chàteaurenauld , — — févr. 1688.
Vauban, — — août 1688.
Rosen, — — 1688.
"^' Huxelles, — — 1688.
Tessé, — — 1692.
Montrevel, — — 1698.
Tallard, ~ — 1693.
Harcourt, — — 169â.
Le roi n'en dit rien jusqu'après son dîner, au sortir de table; il envoya chercher le duc d'Harcourt , Tallard . Rosen et Montrevel. Le premier et le dernier se trouvèrent à Paris. Tallard arriva le premier dans le cabinet du roi , qui lui dit qu'il le faisoit maréchal de France. Vint après Rosen, qui fut reçu avec la même grâce. Les deux autres mandés à Paris vinrent sur-le-champ remercier ; Chamillart dépêcha des courriers aux autres qui étoient absents , et Pontchartrain un à Chàteaurenauld, en Espagne, et un au comte d'Estrées, malade à Paris : il avoit quarante-deux ans et six semaines , étant né le 30 novembre 1660. Il faut dire un mot de ces messieurs, dont plusieurs ont figuré dans la suite.
Chamilly s'appeloit Bouton, d'une race noble de Bourgogne, dont on en voit servir avant 1400 avec des écuyers sous eux, et dès les premières années de 1400, des chambellans des ducs de Bourgogne. Ils ont toujours servi depuis, et aucun d'eux n'a porté robp : quelques-uns ont été gouverneurs de Dijon. Le père et le frère a jié du maréchal s'attachèrent à M. le Prince, le suivirent partout, en furent estimés: cet aîné, depuis son retour de Flandre, se distingua tellement aux guerres de Hollande , sous les yeux du roi , qu'il en acquit assez de part dans son estime et dans sa conflance pour encourir la jalousie et de là la haine de Louvois, malgré lequel pourtant il alloit être maréchal de France lorsqu'il mourut, et que le roi a dit depuis qu'il lui avoit destiné la première compagnie de ses gardes du corps qui viendroit à vaquer.
Sous ce frère, celui dont je parle, de six ans plus jeune, commença à se distinguer. Il avoit servi avec réputation en Portugal et en Candie. A le voir et à l'entendre , on n'auroit jamais pu se persuader qu'il eût inspiré un amour aussi démesuré que celui qui est l'âme de ces fameuses Lettres portugaises ., ni qu'il eût écrit les réponses qu'on y voit à cette religieuse. Entre plusieurs commandements qu'il eut pendant la guerre
1. [Estrées] prit le nom de maréchal de Cœuvres pour le distinguer de son père. Rare singularilé de l'être tous deux el plus encore de Irois raarccliaux d'Estrées de père en fils, tous trois gens de guerre et de mérite, el tous trois morts doyens des maréchaux de France; le grand-père nombre d'années, les deux autres quelques unes. [Yote. de Saint-Simon.)